| Naissance | 13 octobre 1922, Pologne |
|---|---|
| Décès | 16 avril 1947, prison d’Acre |
| Membre de | Etzel |
| Nom de guerre | Dov Rosenbaum |
| Olei HaGardom | |
Yehiel Dresner (1922-1947), également connu sous son identité clandestine Dov Rosenbaum, est l’un des Olei HaGardom, les combattants juifs condamnés à mort dans la lutte pour la libération d’Eretz Israël. Membre du Betar puis combattant de l’Etzel, il est pendu par les Britanniques à la prison d’Acre le 16 avril 1947 avec Dov Gruner, Mordehai Alkahi et Eliezer Kashani.
Son nom appartient à la mémoire la plus forte du sionisme combattant. Jeune bétari devenu commandant local de l’Etzel, il incarne cette génération formée dans l’idéal de Zeev Jabotinsky : discipline, honneur, fidélité nationale et refus de reconnaître à une puissance étrangère le droit de juger la lutte pour l’indépendance juive.
Jeunesse et alyah

Yehiel Dresner naît le 13 octobre 1922 en Pologne, dans une famille juive religieuse et sioniste. Son enfance se déroule dans le monde juif d’Europe orientale, où la vie communautaire, l’attachement à la tradition et l’espérance sioniste coexistent avec l’inquiétude croissante face à l’antisémitisme.
En 1933, sa famille monte en Eretz Israël et s’installe à Jérusalem. Yehiel a alors onze ans. Il grandit dans une ville soumise au Mandat britannique, mais déjà profondément travaillée par l’idée de renaissance nationale juive.
À Jérusalem, il découvre la réalité du Yichouv : construction, pauvreté, tensions politiques, présence britannique et besoin permanent d’autodéfense. Cette atmosphère marque sa jeunesse et prépare son entrée dans les mouvements nationaux juifs.
Formation au Betar

À treize ans, Yehiel Dresner rejoint le Betar à Jérusalem. Le mouvement, fondé dans l’esprit de Zeev Jabotinsky, forme une jeunesse juive disciplinée, fière et prête à servir la renaissance nationale d’Israël.
Le Betar lui donne une école de caractère. Il y apprend la valeur de la tenue, de l’honneur, du commandement, de l’autodéfense et du refus de la passivité. Pour Dresner, cet engagement n’est pas seulement une appartenance de jeunesse : il devient la base de toute sa vie militante.
L’exécution de Shlomo Ben-Yosef en 1938 marque profondément sa génération. Pour les jeunes bétarim, Ben-Yosef devient le premier martyr de la potence britannique et le symbole d’un Juif nouveau, capable de mourir sans se soumettre. Cette mémoire accompagne Dresner dans son propre chemin vers l’Etzel.
Entrée dans l’Etzel

En 1940, Yehiel Dresner rejoint l’Etzel. Le passage du Betar à l’Etzel apparaît comme la continuité naturelle de son engagement : le Betar a formé le caractère, l’Etzel organise la lutte.
Il sert d’abord dans le renseignement de l’organisation, puis rejoint les unités combattantes. Il participe progressivement à des missions plus importantes et se distingue par sa discipline, sa fiabilité et sa capacité à commander.
L’Etzel considère alors que le pouvoir britannique empêche la réalisation de la souveraineté juive en Eretz Israël. Après la Shoah, cette conviction devient plus brûlante encore : les survivants juifs cherchent à rejoindre le pays, tandis que les autorités mandataires maintiennent des restrictions à l’immigration et répriment les organisations clandestines.
Activités clandestines
Dans les années 1940, Yehiel Dresner prend part à plusieurs opérations de l’Etzel. Il participe notamment à des actions contre des infrastructures britanniques et à des opérations destinées à obtenir des armes pour la clandestinité juive.
Il est engagé dans l’attaque de la base aérienne de Lydda, dans l’action contre la gare de Yibne et dans l’attaque du poste de police de Ramat Gan. Cette dernière opération, menée le 23 avril 1946, vise à s’emparer d’armes britanniques. C’est au cours de cette action que Dov Gruner est grièvement blessé et capturé.
Dresner occupe ensuite des fonctions de commandement. Au moment de son arrestation, il est commandant de la force combattante de l’Etzel à Petah Tikva. Cette responsabilité montre la confiance que l’organisation plaçait en lui.
L’identité de Dov Rosenbaum
Sous la pression de la répression britannique, Yehiel Dresner entre dans une vie de clandestinité plus profonde. Il adopte une fausse identité : Dov Rosenbaum.
Ce nom devient son nom de combat et d’arrestation. Il le porte jusqu’à la potence. Les Britanniques et une partie du public ignorent encore sa véritable identité au moment de son exécution.
Cette fidélité à son identité clandestine montre sa discipline. Même capturé, même condamné, il reste un combattant de l’Etzel soumis aux exigences de la clandestinité et du mouvement.
La « nuit des coups de fouet »

Le 29 décembre 1946, Yehiel Dresner participe à l’opération de l’Etzel connue sous le nom de « nuit des coups de fouet ». Cette action est décidée après la condamnation d’un membre de l’Etzel à une peine de flagellation par un tribunal militaire britannique.
Pour l’Etzel, cette peine constitue une humiliation nationale. Elle ne vise pas seulement le corps d’un prisonnier, mais l’honneur du combattant juif. L’organisation décide donc de répondre symboliquement en capturant des soldats britanniques et en leur infligeant le même traitement.
Dresner fait partie de l’équipe avec Mordehai Alkahi, Eliezer Kashani, Avraham Mizrahi et Haim Golevsky. L’action répond à une logique claire de représailles : le sang et l’honneur juifs ne doivent plus être abandonnés sans réponse.
Arrestation et captivité
Après l’opération, la voiture de l’équipe tombe sur un barrage britannique près de Lydda. Les soldats ouvrent le feu. Avraham Mizrahi est tué. Yehiel Dresner, Mordehai Alkahi, Eliezer Kashani et Haim Golevsky sont arrêtés.
Les Britanniques trouvent dans leur véhicule un fouet et des armes. Ces éléments les relient directement à l’opération de représailles.
Les prisonniers sont d’abord gardés dans un camp de parachutistes britanniques. Selon le récit transmis dans la mémoire de l’Etzel, ils y subissent des coups et des humiliations. Ils sont ensuite transférés à la prison centrale de Jérusalem, où se trouvent d’autres prisonniers de la clandestinité juive.
Procès devant le tribunal militaire
Le procès de Yehiel Dresner, Mordehai Alkahi, Eliezer Kashani et Haim Golevsky s’ouvre le 10 février 1947 devant un tribunal militaire britannique. Les accusés sont poursuivis notamment pour possession illégale d’armes.
Dès le procès, Dresner et ses camarades refusent de reconnaître l’autorité du tribunal. Ils ne se considèrent pas comme des criminels, mais comme des combattants capturés dans une guerre de libération nationale.
Leur attitude est celle des Olei HaGardom : ne pas demander pitié, ne pas transformer le procès en défense personnelle, mais affirmer devant les juges britanniques que leur autorité est illégitime en Eretz Israël.
Yehiel Dresner, Mordehai Alkahi et Eliezer Kashani sont condamnés à mort. Haim Golevsky, plus jeune, est condamné à la prison à vie. En entendant la sentence, les condamnés chantent la Hatikvah.
Le refus de demander grâce
Après la condamnation, des appels à la clémence sont lancés. Des personnalités et des habitants du Yichouv demandent la commutation des peines. Des pétitions circulent, notamment à Petah Tikva.
Mais Dresner, Alkahi et Kashani refusent de signer un recours en grâce. Pour eux, demander grâce reviendrait à reconnaître l’autorité du tribunal britannique et à se présenter comme des criminels.
Ils choisissent au contraire de rester debout jusqu’au bout. Leur position exprime l’idéal de l’Etzel : le combattant juif peut tomber, mais il ne doit pas s’abaisser devant l’occupant.
Transfert à Acre

Le 15 avril 1947, les condamnés sont transférés secrètement de la prison centrale de Jérusalem à la prison d’Acre. Les Britanniques veulent éviter toute mobilisation publique ou tentative de libération.
À Acre, Yehiel Dresner retrouve Dov Gruner, déjà condamné à mort. Les quatre hommes sont placés dans les cellules des condamnés.
La prison d’Acre devient alors l’un des grands lieux de la mémoire du sionisme combattant. Elle symbolise la répression britannique, mais aussi la dignité des combattants juifs qui refusèrent de se soumettre.
L’exécution du 16 avril 1947
Le 16 avril 1947, Yehiel Dresner est pendu à la prison d’Acre avec Dov Gruner, Mordehai Alkahi et Eliezer Kashani.
Les quatre condamnés montent à la potence en chantant la Hatikvah. L’exécution se déroule dans le secret, sans présence rabbinique, afin d’éviter que leur mort ne devienne une cérémonie nationale.
Yehiel Dresner est exécuté sous le nom de Dov Rosenbaum. Les Britanniques ignorent encore sa véritable identité. Ce détail donne à sa mort une dimension particulière : jusqu’au dernier instant, il reste fidèle à la clandestinité et à la discipline de son organisation.
Enterrement à Safed
Après l’exécution, les corps de Yehiel Dresner, Dov Gruner, Mordehai Alkahi et Eliezer Kashani sont transportés sous escorte britannique à Safed et enterrés dans le cimetière juif ancien.
Les autorités refusent de remettre les corps aux familles et ne respectent pas le souhait des condamnés d’être enterrés à Rosh Pina, près de Shlomo Ben-Yosef. Les tombes sont gardées pendant plusieurs mois, par crainte que l’Etzel ne tente de transférer les corps.
Malgré les restrictions, des Juifs de Safed viennent se recueillir. Les Britanniques voulaient empêcher que la mort des quatre pendus ne devienne un acte public de mémoire ; elle devient au contraire l’un des symboles les plus puissants de la révolte.
Une figure de l’Etzel et du Betar
Yehiel Dresner occupe une place importante dans la mémoire du Betar et de l’Etzel. Il est l’exemple d’un jeune bétari passé de la formation idéologique au commandement clandestin.
Son parcours résume une trajectoire typique du sionisme révisionniste : enfance juive en diaspora, alyah vers Eretz Israël, formation au Betar, entrée dans l’Etzel, clandestinité, commandement, procès politique et sacrifice.
Pour le Betar, Dresner rappelle que la jeunesse n’est pas seulement un temps d’apprentissage, mais une préparation au service. Pour l’Etzel, il incarne le commandant discipliné qui garde le silence, refuse la grâce et monte à la potence sans renier son mouvement.
Mémoire et héritage

Yehiel Dresner est honoré parmi les Olei HaGardom, aux côtés de Shlomo Ben-Yosef, Dov Gruner, Mordehai Alkahi, Eliezer Kashani, Meir Feinstein, Moshe Barazani, Avshalom Haviv, Yaakov Weiss et Meir Nakar.
Son frère Naftali Dresner a témoigné sur sa famille et sur son parcours, contribuant à transmettre sa mémoire. Les archives de l’Institut Jabotinsky conservent notamment des documents et témoignages liés à son souvenir.
Des rues portent son nom en Israël. Sa tombe à Safed, partagée dans la mémoire avec celles des autres pendus d’Acre, demeure un lieu de recueillement pour ceux qui honorent l’Etzel, le Betar et les combattants de l’indépendance.
Yehiel Dresner demeure le symbole d’un jeune homme qui vécut sous un nom clandestin, commanda sous la menace, fut jugé par une puissance étrangère et mourut en chantant l’espérance nationale juive. Sa vie et sa mort appartiennent à la grande chaîne des Olei HaGardom.
Voir aussi
- Olei HaGardom
- Etzel
- Betar
- Dov Gruner
- Mordehai Alkahi
- Eliezer Kashani
- Shlomo Ben-Yosef
- Menahem Begin
- Prison d’Acre
Sources et repères
- Etzel.org, notice biographique de Yehiel Dresner.
- Etzel.org, portrait de Yehiel Dresner.
- Institut Jabotinsky, entretien avec Naftali Dresner sur son frère Yehiel Dresner.
- Institut Jabotinsky, tombes de Dov Gruner, Mordehai Alkahi, Yehiel Dresner et Eliezer Kashani à Safed.
- Jewish Virtual Library, notice « Olei Ha-Gardom ».
- Encyclopaedia Judaica, notice « Dresner, Yehiel ».
- J. Bowyer Bell, Terror out of Zion, 1976.