| Naissance | 2 janvier 1925, Beyrouth |
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| Décès | 22 mars 1945, Le Caire |
| Membre de | |
| Nom de guerre | Benny |
| Olei HaGardom | |
Eliyahu Hakim (1925-1945) est l’un des Olei HaGardom, les combattants juifs condamnés à mort dans la lutte pour la libération d’Eretz Israël. Membre du Lehi, connu dans la clandestinité sous le nom de guerre Benny, il est exécuté au Caire le 22 mars 1945 avec Eliyahu Beit-Zuri après l’opération contre Lord Moyne, ministre-résident britannique au Moyen-Orient.
Son destin occupe une place singulière dans la mémoire du sionisme combattant. Né à Beyrouth, élevé à Haïfa, engagé très jeune dans la clandestinité, il incarne une génération pour qui la lutte contre le pouvoir britannique était inséparable de la défense du droit du peuple juif au retour, à l’indépendance et à la dignité nationale.
Jeunesse entre Beyrouth et Haïfa

Eliyahu Hakim naît le 2 janvier 1925 à Beyrouth, dans une famille juive du Liban. Son père, Shimon Hakim, est commerçant dans le textile. Sa mère se nomme Paulina. Eliyahu grandit dans une famille nombreuse, avec trois frères aînés et une sœur cadette.
À l’âge de sept ans, il monte avec sa famille en Eretz Israël. Les Hakim s’installent à Haïfa, ville portuaire ouverte sur la Méditerranée, où se mêlent populations juives, arabes, britanniques et étrangères. Cette ville, marquée par le port, les chemins de fer, les camps militaires et la présence britannique, devient le cadre de sa formation.
Eliyahu étudie à l’école de l’Alliance israélite universelle puis au lycée Reali de Haïfa. Très tôt, il se distingue par son caractère énergique, son goût de l’action et son sens de la discipline. Il appartient à cette génération de jeunes Juifs d’Eretz Israël qui grandissent dans un pays encore soumis au Mandat britannique, mais déjà tendu vers l’indépendance nationale.
Premiers engagements clandestins
À quinze ans, Eliyahu Hakim est recruté dans l’Etzel. Après la scission du mouvement et la création du Lehi, il rejoint cette nouvelle organisation clandestine. Il y prend le nom de guerre Benny.
Le Lehi, fondé par Avraham Stern, dit Yair, considère que la lutte principale doit être menée contre le pouvoir britannique, même pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour ses membres, la Grande-Bretagne, en fermant les portes d’Eretz Israël aux Juifs persécutés d’Europe, porte une responsabilité directe dans l’abandon du peuple juif au moment le plus tragique de son histoire.
Hakim s’engage totalement dans l’activité clandestine. Après la mort de Yair en 1942, le Lehi traverse une période de désorganisation et de répression. Eliyahu met alors l’appartement de son frère à la disposition de Yitzhak Shamir, qui travaille à réorganiser le mouvement.
Dans l’armée britannique
Comme plusieurs jeunes militants juifs de son temps, Eliyahu Hakim s’engage dans l’armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet engagement ne signifie pas l’abandon de la lutte clandestine. Il lui permet au contraire d’acquérir une expérience militaire, de circuler et d’aider le Lehi.
Sous l’uniforme britannique, il distribue secrètement du matériel d’information aux soldats juifs. Il se rend en Égypte et parvient à faire passer des munitions et des armes au profit du Lehi.
Au début de l’année 1944, alors que les activités de l’organisation reprennent de l’ampleur, il déserte l’armée britannique et rejoint les combattants clandestins dans la région de Tel Aviv. Il participe à l’entraînement des membres du mouvement et prend part à plusieurs opérations.
L’attentat contre Harold MacMichael
Le 8 août 1944, Eliyahu Hakim participe à la tentative d’assassinat contre Sir Harold MacMichael, Haut-Commissaire britannique en Palestine. MacMichael est alors l’une des principales figures du pouvoir mandataire et incarne, pour les organisations clandestines, la politique britannique de restriction de l’immigration juive.
L’opération échoue. MacMichael survit. Mais l’action montre l’entrée du Lehi dans une phase offensive contre les plus hauts représentants du pouvoir britannique.
Pour Hakim, cette opération confirme son engagement dans une lutte qu’il considère comme une guerre politique et nationale. Il n’est plus seulement un jeune militant clandestin : il devient l’un des hommes choisis pour les opérations les plus risquées du mouvement.
Le choix de Lord Moyne
En 1944, la direction du Lehi décide de frapper Lord Moyne, ministre-résident britannique au Moyen-Orient, installé au Caire. Aux yeux du Lehi, Lord Moyne représente la politique britannique hostile au retour des Juifs en Eretz Israël.
Cette hostilité est associée notamment au refus britannique d’ouvrir largement les portes de la Palestine mandataire aux Juifs d’Europe, alors même que les nouvelles de l’extermination nazie se multiplient. Dans la mémoire du Lehi, Lord Moyne devient ainsi le symbole d’un système impérial accusé d’avoir abandonné les Juifs et confisqué leur droit national.
Eliyahu Hakim et Eliyahu Beit-Zuri sont choisis pour cette mission. Tous deux sont jeunes, déterminés, et prêts à assumer publiquement la signification politique de leur acte.
L’opération du Caire

Le 6 novembre 1944, Eliyahu Hakim et Eliyahu Beit-Zuri exécutent l’opération contre Lord Moyne au Caire. Les deux hommes surveillent les habitudes du ministre britannique et préparent leur action avec soin.
Lorsque la voiture de Lord Moyne arrive près de sa résidence, Hakim ouvre la portière et tire sur lui. Beit-Zuri tire sur son chauffeur militaire. Les deux combattants prennent ensuite la fuite à bicyclette.
Ils sont rapidement poursuivis, arrêtés par la police égyptienne, puis livrés à la justice. Dès lors, leur objectif n’est plus de nier leur acte, mais d’utiliser leur procès comme une tribune pour expliquer la cause du Lehi et accuser la politique britannique.
Le procès au Caire
Le procès d’Eliyahu Hakim et d’Eliyahu Beit-Zuri se déroule au Caire au début de l’année 1945. Il reçoit une attention internationale. Les deux jeunes hommes assument leur geste et s’efforcent de transformer le tribunal en scène politique.
Hakim y accuse Lord Moyne et son gouvernement d’avoir fermé la route du salut aux Juifs persécutés, d’avoir empêché le peuple juif de rejoindre sa patrie et d’avoir méprisé ses droits nationaux.
Il affirme que lui et ses camarades ont été élevés dans le respect du commandement « Tu ne tueras point », mais qu’ils ont estimé ne plus avoir d’autre moyen pour imposer la reconnaissance des droits juifs. Son argument n’est pas celui d’un crime individuel : il présente son acte comme une décision de guerre au nom d’une justice supérieure.
Leur attitude impressionne une partie de l’opinion publique. En Égypte même, des manifestations de sympathie ont lieu en faveur des deux accusés. Mais la pression britannique sur le gouvernement égyptien est considérable.
Condamnation et exécution
Eliyahu Hakim et Eliyahu Beit-Zuri sont condamnés à mort par pendaison. Malgré les protestations et les appels à la clémence venus de différents milieux, la sentence est maintenue.
Le 22 mars 1945, les deux combattants sont pendus au Caire. Au pied de la potence, Eliyahu Hakim commence à chanter la Hatikvah, l’hymne de l’espérance nationale juive. Beit-Zuri chante avec lui.
Par ce dernier geste, ils transforment leur exécution en acte de fidélité nationale. Ils meurent loin d’Eretz Israël, dans une prison égyptienne, mais leur dernière parole chantée appartient à Jérusalem, à Sion et à l’indépendance future.
Hakim est d’abord enterré dans le cimetière juif du Caire.
Le retour en Israël
Pendant trente ans, les corps d’Eliyahu Hakim et d’Eliyahu Beit-Zuri reposent en Égypte. Leur mémoire reste cependant vivante dans les cercles du Lehi, du sionisme combattant et des familles des Olei HaGardom.
Le 26 juin 1975, leurs dépouilles sont transférées en Israël. Ils sont réinhumés au mont Herzl, à Jérusalem, lors de funérailles militaires. Ce retour tardif donne à leur sacrifice une reconnaissance nationale plus large.
Le transfert de leurs corps en Israël n’est pas seulement un geste funéraire. Il marque l’intégration de leur mémoire dans le récit national israélien : deux jeunes hommes condamnés comme criminels par une puissance étrangère sont honorés comme combattants tombés pour la liberté d’Israël.
Mémoire et héritage
Eliyahu Hakim est honoré parmi les Olei HaGardom. Son nom est associé à celui d’Eliyahu Beit-Zuri, avec lequel il partagea la mission du Caire, le procès, la condamnation et la potence.
Des rues portent son nom en Israël, notamment à Haïfa, Tel Aviv, Jérusalem et Beer Sheva. Son nom est également inscrit dans les lieux de mémoire consacrés au Lehi et aux Olei HaGardom.
Pour le Lehi, Hakim incarne le jeune combattant total : entré très tôt dans la clandestinité, passé par l’armée britannique sans jamais renoncer à la lutte contre le Mandat, capable de risquer sa vie, puis d’assumer son acte devant le tribunal et la potence.
Pour le Betar, l’Etzel et l’ensemble du courant national juif, sa mémoire appartient à celle du sionisme combattant. Il n’est pas une figure bétarie au sens strict, mais son nom rejoint ceux des jeunes hommes qui refusèrent l’impuissance politique et la soumission nationale.
Son destin rappelle que la lutte pour l’indépendance d’Israël s’est jouée non seulement à Jérusalem, à Acre ou à Tel Aviv, mais aussi au-delà des frontières du pays, là où les représentants de l’Empire britannique décidaient du sort du peuple juif.
Voir aussi
Sources et repères
- Lehi, notice biographique d’Eliyahu Hakim.
- Lehi, « From Defense to Offense ».
- Institut Jabotinsky, « Olei Hagardom, Eliyahu Hakim - Biographical Details ».
- Institut Jabotinsky, dossier Eliyahu Beit-Zuri et Eliyahu Hakim.
- Institut Jabotinsky, photographie d’Eliyahu Beit-Zuri et Eliyahu Hakim au tribunal.
- Gerold Frank, The Deed: The Assassination of Lord Moyne in Cairo, Simon and Schuster, 1963.
- Encyclopaedia Judaica, notice « Hakim, Eliyahu ».