Meir Nakar

histoire sionisme combattant
Meir Nakar (1926-1947), né à Jérusalem dans une famille juive originaire d’Irak, fut membre du Betar puis combattant de l’Etzel. Ancien volontaire de l’armée britannique, il rejoignit la clandestinité après la guerre et participa à l’évasion de la prison d’Acre. Arrêté avec Avshalom Haviv et Yaakov Weiss, il refusa de reconnaître le tribunal britannique et fut pendu à Acre le 29 juillet 1947.
Meir Nakar
Portrait de Meir Nakar
Naissance26 juillet 1926, Jérusalem
Décès29 juillet 1947, prison d’Acre
Membre deEtzel
Nom de guerreYehiam
Olei HaGardom

Meir Nakar (1926-1947) est l’un des Olei HaGardom, les combattants juifs condamnés à mort dans la lutte pour la libération d’Eretz Israël. Membre du Betar puis combattant de l’Etzel, il est arrêté après l’opération d’évasion de la prison d’Acre, condamné par un tribunal militaire britannique et pendu à Acre le 29 juillet 1947 avec Avshalom Haviv et Yaakov Weiss.

Son parcours unit plusieurs dimensions de la jeunesse juive combattante de cette époque : l’enracinement populaire à Jérusalem, la formation bétarie, le volontariat dans l’armée britannique contre l’Allemagne nazie, puis le retour à la lutte contre le Mandat britannique. Il est l’un des derniers combattants juifs pendus par les Britanniques avant la fin du Mandat.

Articles détaillés : Olei HaGardom, Etzel, Betar

Jeunesse à Jérusalem

Meir Nakar
Meir Nakar, combattant de l’Etzel et figure des Olei HaGardom.

Meir Nakar naît le 26 juillet 1926 à Jérusalem, dans une famille juive pauvre originaire d’Irak. Il grandit dans un foyer traditionnel et modeste. Son père travaille comme cordonnier, dans des conditions difficiles, afin de nourrir sa famille.

Meir est l’un des enfants d’une famille nombreuse. Comme beaucoup de jeunes Juifs de Jérusalem à l’époque mandataire, il connaît très tôt la pauvreté, le travail et les responsabilités familiales. À douze ans, il quitte l’école afin d’aider les siens.

Cette jeunesse difficile forge son caractère. Nakar n’est pas issu d’un milieu privilégié ni d’une élite politique. Il vient du peuple juif de Jérusalem, de ces familles simples qui portèrent elles aussi la renaissance nationale par le travail, la discipline et le sacrifice.

Formation au Betar

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Le Betar forma Meir Nakar à l’idéal de fierté, de discipline et de service national.

À treize ans, Meir Nakar rejoint le Betar, mouvement de jeunesse fondé dans l’esprit de Zeev Jabotinsky. Le Betar lui donne une formation nationale et morale fondée sur la fierté juive, l’honneur, la discipline, l’autodéfense et le service du peuple d’Israël.

Pour un jeune homme venu d’un milieu populaire de Jérusalem, le Betar est une école d’élévation. Il y apprend que la pauvreté n’interdit pas la grandeur, que le jeune Juif doit se tenir droit, et que l’avenir de son peuple exige des hommes capables d’agir.

L’engagement bétari de Nakar est essentiel pour comprendre son parcours. Comme plusieurs autres Olei HaGardom, il reçoit dans le Betar la première forme de son idéal : ne pas accepter l’humiliation nationale, servir Eretz Israël et être prêt au sacrifice.

Dans l’armée britannique

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Dov Gruner sous uniforme britannique : plusieurs Olei HaGardom servirent contre l’Allemagne nazie avant de combattre le Mandat.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Meir Nakar veut combattre l’Allemagne nazie. À quinze ans, il tente de s’engager dans l’armée britannique, mais il est refusé en raison de son âge.

Deux ans plus tard, il réussit à s’enrôler en utilisant un faux certificat de naissance. Il sert dans l’armée britannique en Égypte, à Chypre et en Europe du Sud. Il travaille d’abord dans des dépôts, puis devient estafette motocycliste.

Cette expérience militaire renforce ses capacités physiques, sa discipline et sa connaissance du monde militaire. Mais elle le confronte aussi à l’antisémitisme présent chez certains soldats et officiers. Cette expérience durcit ses convictions sionistes.

Comme Dov Gruner et Meir Feinstein, Meir Nakar appartient à ces jeunes Juifs qui combattirent le nazisme sous uniforme britannique, avant de se retourner ensuite contre la politique mandataire britannique en Eretz Israël. Pour eux, il n’y avait pas contradiction : il fallait combattre Hitler, mais il fallait aussi combattre le pouvoir qui fermait les portes du pays aux Juifs.

Retour à Jérusalem et entrée dans l’Etzel

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Logo de l’Etzel, organisation clandestine issue du courant national révisionniste.

Après sa démobilisation en 1946, Meir Nakar revient à Jérusalem. Il travaille avec son père dans la cordonnerie familiale, mais son horizon ne se limite plus à la vie professionnelle.

Il rejoint l’Etzel, organisation clandestine issue du courant national révisionniste. Dans la clandestinité, il reçoit le nom de guerre Yehiam.

Sous le commandement de Menahem Begin, l’Etzel mène alors une révolte contre le pouvoir britannique. Après la Shoah, la poursuite des restrictions contre l’immigration juive paraît insupportable aux yeux des combattants. Des survivants d’Europe tentent de rejoindre Eretz Israël, tandis que les Britanniques interceptent des navires, emprisonnent des militants et jugent les combattants juifs devant des tribunaux militaires.

Pour Meir Nakar, ancien soldat de l’armée britannique, l’engagement dans l’Etzel est une réponse à cette contradiction historique. Il a porté l’uniforme britannique contre les nazis ; il porte désormais les armes de la clandestinité juive contre le Mandat.

Activités clandestines

Dans les premiers mois de son engagement dans l’Etzel, Meir Nakar participe au recrutement et à la propagande. Il aide à faire connaître les mots d’ordre de l’organisation et à élargir ses réseaux.

Il rejoint ensuite la force combattante. Son expérience militaire et son courage le rendent apte aux opérations plus dangereuses. Il prend notamment part à l’attaque contre le club des officiers britanniques installé dans la Goldschmidt House, à Jérusalem.

Cette opération, menée le 1er mars 1947, vise un symbole de la présence militaire britannique dans la ville. Elle marque l’intensification de la lutte clandestine contre les installations du Mandat.

Meir Nakar passe ainsi de la diffusion des idées au combat direct. Son parcours montre la rapidité avec laquelle de jeunes militants furent entraînés dans l’affrontement final avec le pouvoir britannique.

L’évasion de la prison d’Acre

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La prison d’Acre, attaquée par l’Etzel le 4 mai 1947.

Le 4 mai 1947, l’Etzel mène l’une de ses opérations les plus audacieuses : l’attaque de la prison d’Acre. Cette forteresse britannique retient de nombreux prisonniers juifs de l’Etzel et du Lehi.

L’objectif de l’opération est de faire évader les prisonniers des mouvements clandestins. Une équipe extérieure attaque le bâtiment, ouvre une brèche dans les murs et permet à plusieurs détenus de s’échapper.

Meir Nakar participe à l’opération dans une unité de blocage. Sa mission consiste à poser des mines sur les routes voisines afin de retarder l’arrivée des renforts britanniques et de couvrir le retrait des assaillants et des évadés.

L’opération réussit sur le plan symbolique et opérationnel : l’Etzel démontre que même une prison britannique réputée imprenable peut être frappée. Mais l’action coûte cher. Plusieurs combattants sont tués ou capturés.

Arrestation avec Haviv et Weiss

Pendant le retrait, l’une des unités de blocage reste isolée. Meir Nakar, Avshalom Haviv, Yaakov Weiss, Amnon Michaelov et Nachman Zitterbaum sont arrêtés par les Britanniques.

Pour les autorités mandataires, ces arrestations doivent effacer l’humiliation de l’évasion d’Acre. Pour l’Etzel, les capturés sont des soldats d’une armée de libération tombés aux mains de l’ennemi.

Meir Nakar et ses camarades adoptent une attitude de défi. Ils ne se préparent pas à demander pitié. Leur procès doit servir à affirmer qu’ils ne reconnaissent pas la légitimité de l’autorité britannique en Eretz Israël.

Procès devant le tribunal militaire

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Mémorial des Olei HaGardom.

Le procès de Meir Nakar, Avshalom Haviv, Yaakov Weiss, Amnon Michaelov et Nachman Zitterbaum s’ouvre le 28 mai 1947 devant un tribunal militaire britannique.

Les accusés refusent de reconnaître l’autorité du tribunal. Ils ne se considèrent pas comme des criminels, mais comme des combattants capturés dans une guerre de libération nationale.

Dès l’ouverture du procès, les accusés chantent la Hatikvah. Les juges se lèvent d’abord par réflexe, avant d’être rappelés à l’ordre. Ce moment donne au procès une portée symbolique forte : l’hymne national juif entre dans le tribunal même qui prétend juger ses combattants.

Meir Nakar, Avshalom Haviv et Yaakov Weiss sont condamnés à mort. Amnon Michaelov et Nachman Zitterbaum, plus jeunes, sont condamnés à la prison à vie.

Condamnation à mort

Le 16 juin 1947, Meir Nakar, Avshalom Haviv et Yaakov Weiss entendent leur condamnation à mort. Ils accueillent la sentence en chantant la Hatikvah.

Des démarches sont entreprises pour tenter d’obtenir la commutation des peines. Les familles, des avocats, des responsables publics et des membres de la commission spéciale des Nations unies sur la Palestine sont sollicités.

Mais les condamnés refusent de transformer leur combat en appel à la pitié. Ils demeurent fidèles à la ligne des Olei HaGardom : ne pas reconnaître l’autorité de l’occupant, ne pas demander grâce comme des criminels, ne pas renier le sens politique de leur action.

Dans le couloir de la mort

Après leur condamnation, Meir Nakar, Avshalom Haviv et Yaakov Weiss sont transférés dans la cellule des condamnés à la prison d’Acre. Ils attendent l’exécution dans une atmosphère de prière, d’étude et de préparation morale.

Les prisonniers juifs les entourent de soutien. Les trois condamnés écrivent des lettres, étudient les Psaumes et se préparent à mourir avec dignité. Leur sort devient un enjeu majeur de la confrontation entre l’Etzel et les autorités britanniques.

Le 12 juillet 1947, l’Etzel capture deux sergents britanniques, Clifford Martin et Mervyn Paice, à Netanya. L’organisation avertit que leur sort dépendra de celui des trois condamnés d’Acre. Les Britanniques maintiennent néanmoins la sentence.

La pendaison du 29 juillet 1947

Le 29 juillet 1947, à l’aube, Avshalom Haviv, Meir Nakar et Yaakov Weiss sont conduits à la potence dans la prison d’Acre.

Avshalom Haviv est pendu le premier, puis Meir Nakar, puis Yaakov Weiss. Les trois hommes chantent la Hatikvah jusqu’à leurs derniers instants, rejoints par les autres prisonniers juifs de la prison.

Meir Nakar a vingt et un ans. Il est exécuté trois jours seulement après son anniversaire. Sa mort frappe profondément les milieux de l’Etzel, du Betar et du sionisme révisionniste.

Avec Haviv et Weiss, il fait partie des trois derniers combattants juifs pendus par les Britanniques pendant le Mandat.

Après l’exécution

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Mémorial des Olei HaGardom.

Après la pendaison des trois combattants, l’Etzel exécute les deux sergents britanniques capturés à Netanya. L’affaire provoque un choc considérable en Grande-Bretagne et accentue la crise finale du Mandat.

L’exécution de Meir Nakar, Avshalom Haviv et Yaakov Weiss intervient dans un contexte déjà explosif : l’affaire de l’Exodus, l’intervention des Nations unies sur la question de la Palestine et l’épuisement croissant de la présence britannique.

Leur mort appartient ainsi au dernier chapitre de la lutte contre le Mandat. Quelques mois plus tard, l’ONU adopte le plan de partage, et l’État d’Israël est proclamé en mai 1948.

Enterrement à Safed

Après leur exécution, les corps de Meir Nakar, Avshalom Haviv et Yaakov Weiss sont transportés à Safed sous escorte britannique. Ils sont enterrés dans le cimetière juif ancien, auprès d’autres pendus de l’Etzel.

Les autorités britanniques cherchent à empêcher une cérémonie populaire. Elles veulent éviter que l’enterrement ne devienne une manifestation nationale. Mais les tombes de Safed deviennent rapidement un lieu de mémoire pour les familles, l’Etzel, le Betar et tous ceux qui honorent les Olei HaGardom.

Meir Nakar repose ainsi aux côtés de ses compagnons de combat et de potence. La mort que les Britanniques voulaient réduire au silence devient un symbole transmis de génération en génération.

Mémoire et héritage

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Mémorial des Olei HaGardom.

Meir Nakar est honoré parmi les Olei HaGardom, aux côtés de Shlomo Ben-Yosef, Dov Gruner, Mordehai Alkahi, Yehiel Dresner, Eliezer Kashani, Avshalom Haviv, Yaakov Weiss, Meir Feinstein et Moshe Barazani.

Des rues portent son nom en Israël, notamment à Tel Aviv, Jérusalem et Beer Sheva. Sa mémoire est conservée dans les archives de l’Institut Jabotinsky, qui rassemble des documents biographiques, des articles, sa déclaration et des éléments liés à son identité de combattant.

Pour le Betar, Meir Nakar est une figure particulièrement importante : il fut formé très jeune dans le mouvement, avant de devenir soldat puis combattant de l’Etzel. Son parcours montre comment l’éducation bétarie pouvait transformer un enfant pauvre de Jérusalem en homme debout devant la puissance impériale.

Pour l’Etzel, il incarne la fidélité du combattant jusqu’à la mort. Pour la mémoire nationale juive, il reste l’un des trois derniers pendus d’Acre, symbole d’une jeunesse qui monta au gibet en chantant l’espérance d’Israël.

Voir aussi

Sources et repères

Rédigé par Elie Levy · juin 2026