| Naissance | 10 février 1922, Tel Aviv |
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| Décès | 22 mars 1945, Le Caire |
| Membre de | |
| Olei HaGardom | |
Eliyahu Beit-Zuri (1922-1945) est l’un des Olei HaGardom, les combattants juifs condamnés à mort dans la lutte pour la libération d’Eretz Israël. Membre du Lehi, ancien militant de l’Etzel, il est exécuté au Caire le 22 mars 1945 avec Eliyahu Hakim après l’opération contre Lord Moyne, ministre-résident britannique au Moyen-Orient.
Son nom demeure lié à celui d’Eliyahu Hakim. Ensemble, ils transformèrent leur procès et leur exécution en acte politique, accusant la politique britannique d’avoir fermé les portes d’Eretz Israël aux Juifs persécutés d’Europe et d’avoir nié le droit du peuple juif à sa souveraineté nationale.
Jeunesse à Tel Aviv

Eliyahu Beit-Zuri naît le 10 février 1922 à Tel Aviv, dans une famille juive établie en Eretz Israël depuis plusieurs générations. Il est le fils de Moshe et Esther Beit-Zuri.
Il grandit dans une famille nombreuse, entouré notamment de ses sœurs Aviva, Leah et Dvora, et de son frère Ori. Son père travaille dans l’administration postale et connaît l’hébreu comme l’arabe, dans un pays encore marqué par la coexistence, les tensions et la domination britannique.
Eliyahu étudie à l’école Tachkemoni de Tel Aviv, puis au lycée Balfour. Son enfance et sa jeunesse se déroulent dans l’atmosphère de la Palestine mandataire, où la construction nationale juive avance au milieu des restrictions britanniques, de l’insécurité et des affrontements politiques.
Premiers engagements
Dès la révolte arabe de 1936, Eliyahu Beit-Zuri s’engage dans les cadres de défense juifs. Encore jeune, il sert comme agent de liaison et participe à des activités de soutien aux positions juives.
En 1937, il rejoint l’Etzel, organisation clandestine issue du courant national révisionniste. Cette première formation marque son entrée dans le monde du sionisme combattant. L’Etzel refuse l’idée que les Juifs d’Eretz Israël doivent rester passifs face aux violences et à la politique mandataire.
Ses activités clandestines entraînent de nombreuses absences scolaires. Il est finalement renvoyé de son lycée, mais poursuit ses études en candidat libre et réussit ses examens.
En 1940, il est accepté à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il y étudie dans un milieu intellectuel intense, traversé par les débats sur l’avenir du Yichouv, la guerre mondiale, le rôle de la Grande-Bretagne et le destin du peuple juif.
Passage au Lehi
Après la scission du mouvement clandestin, Eliyahu Beit-Zuri quitte l’Etzel et rejoint le Lehi, fondé par Avraham Stern, dit Yair. Le Lehi considère que la Grande-Bretagne est l’ennemi principal en Eretz Israël, même pendant la Seconde Guerre mondiale.
Pour ses membres, le pouvoir britannique empêche le peuple juif de revenir sur sa terre au moment même où les Juifs d’Europe sont persécutés puis exterminés. La lutte contre le Mandat devient donc, à leurs yeux, une nécessité politique et morale.
Beit-Zuri se distingue par son intelligence, sa détermination et sa radicalité. Il appartient aussi à un milieu influencé par des idées nationalistes hébraïques plus larges, parfois proches du courant dit cananéen, qui insiste sur la renaissance d’une nation hébraïque souveraine dans son pays.
Le choix de l’action contre Lord Moyne
En 1944, la direction du Lehi décide de frapper Lord Moyne, ministre-résident britannique au Moyen-Orient, installé au Caire. Pour le Lehi, Lord Moyne symbolise la politique britannique de fermeture d’Eretz Israël aux Juifs, au moment où les nouvelles de la Shoah parviennent déjà au monde libre.
Eliyahu Beit-Zuri demande avec insistance à être envoyé pour cette mission. Malgré son manque relatif d’expérience opérationnelle, sa détermination convainc ses commandants. Il est désigné avec Eliyahu Hakim pour mener l’opération.
Cette mission dépasse le cadre d’une action militaire ordinaire. Dans l’esprit du Lehi, elle doit frapper un représentant majeur de l’Empire britannique et porter devant le monde l’accusation politique du mouvement : la Grande-Bretagne refuse au peuple juif son droit au salut et à l’indépendance.
L’opération du Caire

Le 6 novembre 1944, Eliyahu Beit-Zuri et Eliyahu Hakim passent à l’action au Caire. Après avoir surveillé les habitudes de Lord Moyne, ils attendent son retour près de sa résidence.
Lorsque la voiture arrive, Eliyahu Hakim tire sur Lord Moyne. Beit-Zuri tire sur son chauffeur militaire, Lance Corporal A. T. Fuller. Les deux combattants prennent ensuite la fuite à bicyclette.
Ils sont rapidement poursuivis et arrêtés par la police égyptienne. Dès ce moment, leur attitude est claire : ils ne cherchent pas à se présenter comme de simples accusés criminels. Ils assument la responsabilité politique de leur acte et veulent faire de leur procès une tribune.
Le procès au Caire
Le procès d’Eliyahu Beit-Zuri et d’Eliyahu Hakim se tient au Caire au début de l’année 1945. Il attire l’attention de la presse internationale et provoque des réactions dans le monde juif comme dans le monde arabe.
Les deux accusés refusent de réduire leur défense à des arguments juridiques. Beit-Zuri prononce une déclaration politique marquante. Il affirme que les combattants hébreux ne reconnaissent pas à l’Angleterre le droit de donner ou de reprendre Eretz Israël, et qu’ils ne combattent pas seulement pour l’application de la Déclaration Balfour, mais pour leur liberté nationale.
Il dénonce la politique britannique qui, selon lui, a abandonné les Juifs d’Europe au moment de l’extermination et a repoussé les survivants loin des rivages de leur patrie. Son discours donne au procès une dimension historique : l’accusé devient l’accusateur.
Aux yeux de Beit-Zuri, le choix est simple : se soumettre ou combattre. Il affirme que sa génération a choisi le combat.
Condamnation et exécution
Eliyahu Beit-Zuri et Eliyahu Hakim sont condamnés à mort par pendaison. Les protestations et les appels à la clémence ne changent pas la décision des autorités.
Le 22 mars 1945, les deux jeunes combattants montent à la potence au Caire. Ils chantent la Hatikvah, l’hymne de l’espérance nationale juive, jusqu’à leurs derniers instants.
Leur exécution frappe profondément les cercles du Lehi et du sionisme combattant. Ils meurent loin d’Eretz Israël, mais leur mort est immédiatement intégrée à la mémoire de la lutte nationale juive.
Le retour en Israël
Après leur exécution, Eliyahu Beit-Zuri et Eliyahu Hakim sont enterrés en Égypte. Pendant trois décennies, leurs corps restent loin de la terre pour laquelle ils avaient combattu.
En 1975, leurs dépouilles sont transférées en Israël. Ils sont réinhumés au mont Herzl, à Jérusalem, lors de funérailles militaires. Ce retour donne à leur mémoire une reconnaissance nationale officielle.
Le transfert de leurs corps marque une étape importante dans l’intégration des combattants du Lehi au récit national israélien. Ceux qui avaient été condamnés comme criminels par une puissance étrangère sont honorés comme des soldats tombés pour la liberté d’Israël.
Mémoire et héritage
Eliyahu Beit-Zuri est honoré parmi les Olei HaGardom. Son nom est inséparable de celui d’Eliyahu Hakim, avec lequel il partagea la mission du Caire, le procès, la condamnation, la potence et le retour final en Israël.
Des rues portent son nom en Israël. Sa mémoire est conservée dans les lieux consacrés au Lehi, aux mouvements clandestins et aux combattants exécutés.
Pour le Lehi, Beit-Zuri incarne la jeunesse hébraïque décidée à juger l’Empire britannique devant l’histoire. Son procès fut moins une défense personnelle qu’un réquisitoire contre une puissance accusée d’avoir fermé les portes du pays aux Juifs en détresse.
Pour le Betar, l’Etzel et l’ensemble du courant national juif, sa mémoire appartient plus largement à celle du sionisme combattant. Il n’est pas une figure bétarie au sens strict, mais son parcours passe par l’Etzel et rejoint la mémoire commune des jeunes combattants qui refusèrent la soumission nationale.
Eliyahu Beit-Zuri demeure ainsi l’une des figures les plus marquantes des Olei HaGardom : un jeune homme de Tel Aviv devenu, par son procès et sa mort, la voix d’une génération qui voulait rendre au peuple juif sa liberté politique.
Voir aussi
Sources et repères
- Lehi, notice biographique d’Eliyahu Beit-Zuri.
- Etzel.org, notice biographique d’Eliyahu Beit-Zuri.
- Institut Jabotinsky, dossier Eliyahu Beit-Zuri et Eliyahu Hakim.
- Institut Jabotinsky, photographie d’Eliyahu Beit-Zuri et Eliyahu Hakim au tribunal.
- Jewish Virtual Library, notice « Eliyahu Bet-Zuri ».
- Gerold Frank, The Deed: The Assassination of Lord Moyne in Cairo, Simon and Schuster, 1963.
- Encyclopaedia Judaica, notice « Bet-Zuri, Eliyahu ».