Shlomo Ben-Yosef

histoire sionisme combattant
Shlomo Ben-Yosef (1913-1938), né Shalom Tabachnik à Lutsk, fut un jeune membre du Betar et combattant de l’Etzel. Arrivé en Eretz Israël dans le cadre de l’alyah clandestine, il rejoignit la plugat Betar de Rosh Pina. Condamné à mort par les Britanniques après une action de représailles, il fut pendu à la prison d’Acre le 29 juin 1938. Premier des Olei HaGardom, il devint un symbole majeur de courage, de sacrifice et de fidélité à l’idéal national juif.
Shlomo Ben-Yosef
Portrait de Shlomo Ben-Yosef
Naissance7 mai 1913, Lutsk
Décès29 juin 1938, prison d’Acre
Membre deEtzel
Olei HaGardom

Shlomo Ben-Yosef (1913-1938), né Shalom Tabachnik, est le premier des Olei HaGardom, les combattants juifs montés à la potence dans la lutte pour la libération d’Eretz Israël. Membre du Betar puis combattant de l’Etzel, il est pendu par les Britanniques à la prison d’Acre le 29 juin 1938.

Son nom occupe une place centrale dans la mémoire du sionisme révisionniste. Pour le Betar, il incarne l’idéal du jeune Juif nouveau voulu par Zeev Jabotinsky : fier, discipliné, courageux, prêt à servir son peuple et à mourir debout plutôt que de subir l’humiliation nationale.

Articles détaillés : Olei HaGardom, Betar, Etzel

Jeunesse et formation

Shlomo Ben-Yosef naît le 7 mai 1913 à Lutsk, en Volhynie, alors dans l’Empire russe. Son nom de naissance est Shalom Tabachnik. Il grandit dans une famille juive traditionnelle, dans un environnement marqué par la vie communautaire juive d’Europe orientale, mais aussi par les difficultés économiques et les tensions politiques de l’entre-deux-guerres.

Très jeune, il reçoit une éducation religieuse et nationale. Il appartient à cette génération juive d’Europe orientale pour laquelle le sionisme n’est pas seulement une idée politique, mais une réponse existentielle à l’exil, à l’insécurité et à l’humiliation.

Après la mort de son père, il doit travailler pour aider sa famille. Cette responsabilité précoce forge son caractère. Il apprend la dureté de la vie, le sens du devoir et la nécessité de ne pas dépendre de la protection des autres.

Entrée au Betar

Shlomo ben yosef
Shlomo Ben-Yosef en uniforme du Betar.

En 1928, Shlomo Ben-Yosef rejoint le Betar, le mouvement de jeunesse fondé dans l’esprit de Zeev Jabotinsky. Pour lui, le Betar devient une école de caractère autant qu’une organisation de jeunesse.

Le Betar enseigne alors la fierté nationale juive, la discipline, l’autodéfense, l’amour d’Eretz Israël et le refus de la passivité. Shlomo Ben-Yosef y trouve une voie claire : consacrer sa vie au retour du peuple juif sur sa terre et à la construction d’une force nationale juive.

Cette formation bétarie marque toute son existence. Il ne sera pas seulement un militant ; il deviendra l’un des symboles les plus puissants de la jeunesse révisionniste, celle qui voulait transformer le Juif de l’exil en combattant libre, maître de son destin.

Alyah clandestine et arrivée en Eretz Israël

En 1937, Shlomo Ben-Yosef décide de monter en Eretz Israël. Sa demande de certificat d’immigration étant refusée par les autorités britanniques, il choisit l’alyah clandestine. Il arrive en Eretz Israël le 20 septembre 1937.

Son arrivée illégale n’est pas un simple acte individuel. Elle s’inscrit dans l’esprit du mouvement révisionniste, qui refuse que le droit du peuple juif à revenir sur sa terre dépende de quotas imposés par une puissance étrangère.

À son arrivée, il rejoint la plugat Betar de Rosh Pina. Il brûle son passeport polonais et adopte le nom de Shlomo Ben-Yosef. Par ce geste, il marque symboliquement sa rupture avec l’exil et son entrée dans une vie entièrement consacrée à Eretz Israël.

La plugat Betar de Rosh Pina

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Rosh Pina, où Shlomo Ben-Yosef rejoignit la plugat Betar.

À Rosh Pina, Shlomo Ben-Yosef vit avec d’autres jeunes membres du Betar dans une atmosphère de travail, de discipline et de tension permanente. La Haute Galilée est alors une région exposée, au contact direct des violences de la révolte arabe de 1936-1939.

La plugat Betar n’est pas seulement un groupe de jeunes pionniers. Elle représente l’idéal du Betar en action : travailler la terre, tenir les positions juives, se former à la défense et préparer la souveraineté nationale.

Shlomo Ben-Yosef y trouve le cadre naturel de son engagement. Il veut être utile, défendre les Juifs attaqués sur les routes et répondre à la violence par la force. Dans cette atmosphère, l’idée de la retenue officielle, la havlagah, lui paraît insuffisante face aux attaques meurtrières subies par les Juifs d’Eretz Israël.

Entrée dans l’Etzel

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Logo de l’Etzel, organisation clandestine issue du courant national révisionniste.

Peu après son arrivée à Rosh Pina, Shlomo Ben-Yosef rejoint l’Etzel. L’organisation clandestine, issue du courant révisionniste, refuse la passivité face aux attaques arabes et au pouvoir britannique.

Pour les jeunes bétarim de cette génération, le passage du Betar à l’Etzel apparaît souvent comme la continuation naturelle d’un même engagement. Le Betar forme les caractères ; l’Etzel organise la lutte armée.

Shlomo Ben-Yosef devient ainsi l’un de ces jeunes hommes pour qui l’engagement national ne peut rester théorique. La défense du peuple juif doit se traduire par l’action, même au prix du risque personnel.

Le contexte de 1938

En 1938, Eretz Israël est plongée dans la révolte arabe commencée en 1936. Les routes deviennent dangereuses, les localités juives sont attaquées, et les autorités britanniques peinent à garantir la sécurité des Juifs tout en réprimant durement les organisations juives combattantes.

Le 28 mars 1938, une voiture juive est attaquée sur la route Acre-Safed. Six Juifs sont tués. Ce massacre provoque une émotion considérable dans les milieux révisionnistes et parmi les jeunes membres du Betar de Haute Galilée.

Cette attaque touche Ben-Yosef de manière directe : son meilleur ami, membre de la Hagana, est tué par les bandits arabes sur cette même route. Pour lui, le massacre n’est donc pas seulement un épisode lointain de la révolte arabe, mais une blessure personnelle qui renforce son refus de la passivité face aux attaques contre les Juifs d’Eretz Israël.

Shlomo Ben-Yosef, avec Avraham Shein et Shalom Zurabin, décide alors de mener une action de représailles. Tous trois sont liés au Betar de Rosh Pina. Leur geste s’inscrit dans le rejet de la politique de retenue et dans la volonté de montrer que le sang juif ne peut être versé impunément.

L’action du 21 avril 1938

Le 21 avril 1938, Shlomo Ben-Yosef, Avraham Shein et Shalom Zurabin attaquent un autobus arabe sur la route de Rosh Pina à Safed. Ils disposent d’armes légères et d’une grenade artisanale.

L’opération échoue. La grenade lancée contre le bus n’explose pas et les tirs ne causent pas de pertes. Les trois jeunes hommes sont rapidement arrêtés par les Britanniques.

L’épisode devient immédiatement un moment décisif. Pour les autorités britanniques, il s’agit de frapper un exemple contre les militants révisionnistes. Pour le Betar et l’Etzel, le procès qui s’annonce devient celui d’une jeunesse juive décidée à refuser l’impuissance.

Procès et condamnation

The Acre prison after the break, 1947
La prison d’Acre, où Shlomo Ben-Yosef fut détenu puis exécuté.

Shlomo Ben-Yosef, Avraham Shein et Shalom Zurabin sont jugés par un tribunal militaire britannique. L’accusation repose sur les règlements d’urgence imposés par les autorités mandataires.

Shalom Zurabin est déclaré irresponsable en raison de son état mental. Avraham Shein, encore mineur, voit finalement sa peine de mort commuée. Shlomo Ben-Yosef, lui, est condamné à mort par pendaison.

La condamnation provoque une mobilisation importante. Des appels à la clémence sont lancés, y compris en dehors du camp révisionniste. Mais les autorités britanniques refusent de revenir sur la sentence.

Ben-Yosef refuse de se présenter comme un criminel demandant grâce. Il assume son geste comme celui d’un combattant juif. Son attitude transforme le procès et la condamnation en acte politique.

Les derniers jours à la prison d’Acre

Dans sa cellule de la prison d’Acre, Shlomo Ben-Yosef se prépare à mourir. Il écrit des lettres, refuse l’abattement et cherche à donner à sa mort un sens national.

Sur le mur de sa cellule, il grave une formule devenue célèbre dans la mémoire du Betar : « Mourir ou conquérir la montagne ». Cette phrase, inspirée de l’esprit de l’hymne bétari, exprime toute sa vision de l’existence : l’homme libre ne se résigne pas, il monte, il lutte, il conquiert ou il tombe.

Jusqu’au dernier moment, il demeure fidèle à Jabotinsky et au Betar. Il veut que sa mort serve à réveiller la jeunesse juive et à montrer au monde que les Juifs ne craignent plus la potence lorsqu’il s’agit de leur patrie.

L’exécution du 29 juin 1938

Le 29 juin 1938, Shlomo Ben-Yosef est pendu dans la prison d’Acre. Il a vingt-cinq ans.

Avant de monter à la potence, il chante l’hymne du Betar. Selon la tradition transmise dans la mémoire révisionniste, il proclame avant de mourir : « Vive l’État juif ! Vive Jabotinsky ! »

Il devient ainsi le premier des Olei HaGardom, le premier combattant juif exécuté par les Britanniques pendant le Mandat. Sa mort marque profondément le Yichouv, mais plus encore le Betar et le mouvement révisionniste mondial.

À partir de ce jour, son nom cesse d’être seulement celui d’un jeune combattant. Il devient un symbole, un modèle et un serment silencieux pour toute une génération.

Réaction du Betar et du monde juif

L’exécution de Shlomo Ben-Yosef provoque une onde de choc. Dans les milieux juifs de Palestine et de diaspora, des manifestations de deuil et de protestation sont organisées. Le Betar fait de lui un martyr national.

Pour les jeunes bétarim, Ben-Yosef devient la preuve que l’idéal enseigné par Jabotinsky n’était pas une doctrine abstraite. Il avait produit un homme capable de regarder la mort en face, sans renier son mouvement, son peuple ni sa patrie.

Sa mère reçoit des messages de condoléances venus de nombreuses communautés juives. Le Betar s’engage à soutenir sa famille et à préserver son nom.

Une figure centrale du Betar

Shlomo Ben-Yosef grave
La mémoire de Shlomo Ben-Yosef occupe une place centrale dans l’histoire du Betar.

Shlomo Ben-Yosef occupe une place singulière dans l’histoire du Betar. Contrairement à d’autres figures des Olei HaGardom associées principalement à l’Etzel ou au Lehi, il est d’abord et pleinement une figure bétarie.

Son parcours résume l’idéal du mouvement : formation dans la jeunesse, alyah vers Eretz Israël, vie de plugah, discipline, refus de l’humiliation, fidélité au chef spirituel Jabotinsky, et sacrifice final pour la liberté nationale.

Dans la mémoire bétarie, Ben-Yosef n’est pas seulement honoré parce qu’il est mort. Il est honoré parce que sa vie entière a pris la forme d’une montée : de l’exil vers Eretz Israël, de la jeunesse vers le service, de la discipline vers le combat, du combat vers le sacrifice.

Héritage

Shlomo Ben-Yosef est aujourd’hui honoré parmi les Olei HaGardom. Son nom est associé à ceux de Dov Gruner, Meir Feinstein, Moshe Barazani, Avshalom Haviv, Yaakov Weiss, Meir Nakar et des autres combattants exécutés ou tombés avant leur exécution dans la lutte pour l’indépendance juive.

Des rues, des mémoriaux et des cérémonies rappellent son nom en Israël. Sa mémoire demeure particulièrement vivante dans les cercles du Betar, de l’Etzel et du sionisme révisionniste.

Son sacrifice a aussi marqué d’autres jeunes combattants. Il a contribué à forger la mémoire de la potence dans le mouvement national juif : non comme symbole de défaite, mais comme témoignage d’une volonté invaincue.

Shlomo Ben-Yosef reste l’un des noms les plus sacrés du Betar. Premier des Olei HaGardom, il a montré que la jeunesse juive formée par Jabotinsky pouvait préférer la mort à l’abaissement, et transformer la potence britannique en tribune d’honneur national.

Voir aussi

Sources et repères

Rédigé par Elie Levy · juin 2026