Service militaire – quand les Harédim rompent avec leur tradition

La question de l'enrôlement des ultra-orthodoxes dans l’armée du peuple juif n’est pas nouvelle et n’a pas fini de faire couler l’encre. Mais ce qui apparaît aujourd’hui comme une ligne de fracture est un positionnement relativement récent, qui fait fi de l’histoire combattante de nombreux orthodoxes avant et après le rétablissement de l’État d’Israël. Dans notre tradition elle-même, la défense du peuple d’Israël n’est aucunement une faute mais un devoir ; lorsqu’il s’agit de protéger la vie juive et la souveraineté d’Israël, le combat devient une mitzva.

Le Rav Moche Zvi Segal défilant derrière le cercueil de Jabotinsky lors de sa réinhumation en Israël.

Les figures de Josué, de David et des héros d’Israël dans le Tanakh rappellent que l’idéal juif n’a jamais consisté en une passivité sacrée face au danger : la prière accompagne le combat, elle ne le sous-traite pas aux autres.

Ainsi, cette complémentarité s’est illustrée dans l’histoire moderne du Yichouv, à travers des figures parfois très éloignées du seul sionisme religieux, dont l’engagement est plus largement connu.

Le rav Moche Zvi Segal émigre en Israël en 1924. Issu d’une famille hassidique, il décide de s’engager au Etzel (Irgoun) avant de prendre le commandement du Lehi à Jérusalem. Il envoie énormément d’étudiants de Yechiva au Lehi où ils combattront les britanniques afin de libérer Eretz Israel de leur joug. Il devient par la suite une figure centrale des cercles Habad en Israel.

Autre figure centrale, Menahem Eichler naît en 1922 à Mea Shearim. Il y étudie à la Yechiva Hatam Sofer. Face à la domination britannique qui opprime le Yichouv et l’intensification des attaques arabes, Eichler décide de créer — à Mea Shearim — une unité du Lehi composée exclusivement d’étudiants en Yechiva ultra-orthodoxes. Cette unité se fera particulièrement remarquer pour la bravoure de ses membres ; une source de l’époque rapporte même qu’avant une opération susceptible de déborder sur le Chabbat, Eichler alla demander l’autorisation au rabbi de Belz, qui la lui accorda. Après l’indépendance, Eichler reprend sa vie Haredi classique à Jérusalem. Ironie de l’histoire ; son fils, Yisrael Eichler (député du parti Yaadout HaTorah), est aujourd’hui l’un des opposants les plus farouches à l’enrôlement des Haredim dans Tsahal.

Le refus absolu de l’engagement militaire que certains érigent aujourd’hui en principe ancestral n’est pas un héritage immuable, mais une relecture récente, commode et sélective d’une histoire Haredi qui connut elle aussi l’engagement, le risque et le sacrifice.

On peut espérer, dès lors, que l’intégration de la communauté haredi dans l’armée d’Israël saura se faire dans la continuité de cette mémoire combattante, dans la lignée de la bravoure de tant de leurs pères avant eux.


Tel Hai.


Elie Levy est directeur de l’éducation du Betar de France et cofondateur du MEJF.