Ha Herut

Ha-Herut est un journal hébraïque fondé à Jérusalem en 1909, l’un des principaux titres du Yichouv ottoman, lié au sionisme et à la renaissance de l’hébreu.

Ha-Herut (en hébreu : החרות ; en français : La Liberté) est un journal en hébreu publié à Jérusalem à l’époque ottomane entre le 11 mai 1909 et le 4 avril 1917. D’orientation nationale, il apparaît sous impulsion séfarade locale et constitue l’un des principaux journaux hébraïques de la Palestine ottomane à la veille de la Première Guerre mondiale et pendant celle-ci.[1][2]

Publié d’abord deux fois par semaine, puis avec une fréquence croissante, le journal devient quotidien en mai 1912. Sa collection conservée à la Bibliothèque nationale d'Israël comprend 1 757 numéros et 6 155 pages.[2]

Longtemps perçu comme un journal « communautaire » séfarade, Ha-Herut occupe en réalité une place centrale dans l’espace public hébraïque du Yichouv à la fin de la période ottomane. Il constitue une source importante pour l’étude de la société juive de Palestine, des élites séfarades et mizrahies, de la renaissance de l’hébreu et des débuts de la presse moderne dans le pays.[2][3]

Histoire

Moshe Azriel
Moshe Azriel, initiateur du journal.

Fondation

Le journal naît dans le contexte ouvert par la Révolution des Jeunes-Turcs de 1908, qui assouplit temporairement le régime de censure ottoman et favorise l’apparition de nouveaux journaux en Palestine.[2]

En janvier 1909, Moshe Azriel lance à Jérusalem le journal judéo-espagnol El Liberal, présenté comme un « bulletin national en Palestine ». Il s’associe à Haim Ben-Attar, jeune journaliste de Jérusalem, puis, quatre mois plus tard, fonde avec Moshe Hay Ben-Naim le journal hébraïque Ha-Herut.[2]

Abraham Elmaleh, journaliste et intellectuel séfarade de Jérusalem, participe lui aussi aux débuts du journal. Le titre bénéficie du soutien d’Albert Antebi, figure importante de la communauté séfarade de Jérusalem et proche d’Elmaleh. El Liberal et Ha-Herut partagent d’abord une partie de leur équipe et visent un même public séfarade, même si Ha-Herut cherche d’emblée à toucher plus largement les lecteurs hébraïsants non séfarades.[2]

Direction et évolution

Avraham Elmalih
Abraham Elmaleh, premier rédacteur en chef du journal.

Dans ses premières années, la direction éditoriale du journal change plusieurs fois. Abraham Elmaleh dirige Ha-Herut de mai 1909 à juillet 1910, avant de quitter la Palestine pour devenir l’assistant du nouveau hakham bachi Hayim Nahum à Istanbul. Il est remplacé brièvement par A. B. Rivlin, puis Haim Ben-Attar prend la rédaction en septembre 1910 et reste à ce poste pendant l’essentiel de l’existence du journal.[2]

Le journal paraît d’abord les mardis et vendredis, puis augmente progressivement sa fréquence jusqu’à devenir quotidien en mai 1912.[2] Il se distingue alors par une remarquable régularité de publication, rare dans la presse hébraïque du pays à l’époque.[2]

Peu après sa fondation, Ha-Herut devient le premier journal commercial durable du pays à vivre principalement de son lectorat, sans soutien institutionnel stable.[2]

L’équipe permanente du journal reste réduite. Des collaborateurs rédactionnels temporaires ou partiels, comme Abraham Ludvipol ou R. Binyamin, y interviennent ponctuellement, notamment pendant la guerre des langues de 1913.[2]

Ligne éditoriale

Orientation générale

Ha-Herut est un journal à orientation nationale. Il défend un sionisme politique fidèle à Theodor Herzl et suit de près les activités du mouvement sioniste, les visites de dirigeants comme Nahum Sokolow, les congrès sionistes et les grands événements du Yichouv.[2]

Le premier éditorial affirme vouloir « lever vigoureusement et hardiment le drapeau du sionisme », et le journal consacre par la suite des numéros spéciaux à Herzl, à Bialik, à la visite de Sokolow en Palestine et aux congrès sionistes.[2]

Tout en exprimant une loyauté déclarée à l’Empire ottoman, le journal promeut l’essor d’un foyer national juif à l’intérieur de son cadre impérial. Cette ligne résulte à la fois d’une conviction politique et des contraintes imposées par la censure ottomane.[2]

Journal du public séfarade et presse du « pays »

Le journal est souvent décrit comme le porte-parole du public séfarade de Jérusalem. Il augmente effectivement la présence séfarade dans la presse hébraïque, au point que l’apparition de Ha-Herut pousse les milieux orthodoxes ashkénazes à fonder à leur tour Moriah comme organe concurrent.[4][2]

Mais Ha-Herut ne se limite pas à une expression communautaire. Il se présente aussi comme le journal des בני הארץ (« fils du pays »), c’est-à-dire des Juifs de Palestine, séfarades comme ashkénazes, du Vieux Yishouv comme du Nouveau Yishouv, unis par une même identité locale.[2]

La rédaction et les contributeurs du journal reflètent cette diversité. Le journal réunit des auteurs de Jérusalem, de Jaffa, des colonies agricoles et de milieux sociaux variés. Sa composition est l’une des plus mixtes de la presse hébraïque du temps, avec un équilibre séfarade-ashkénaze plus marqué que dans les autres journaux contemporains.[2][3]

Hébreu et « guerre des langues »

Dès sa fondation, Ha-Herut soutient la renaissance de l’hébreu comme langue nationale du peuple juif. Ses fondateurs et principaux animateurs, parmi lesquels Ben-Attar, Elmaleh, Azriel et Ben-Naim, sont liés à l’association צעירי ירושלים (« Jeunesse de Jérusalem »), proche des milieux d’Eliezer Ben-Yehuda.[2]

Le journal évite l’usage des mots étrangers ou issus d’autres langues juives et défend activement le camp hébraïque pendant la guerre des langues de 1913. Il joue alors un rôle important dans la victoire du camp favorable à l’hébreu contre la ligne du Hilfsverein et de ses partisans.[2]

Société, culture et actualité

Le contenu du journal porte principalement sur l’actualité contemporaine : nouvelles locales, questions sociales, vie quotidienne, débats culturels et affaires du Yichouv. Contrairement à des journaux plus strictement partisans comme HaPoel HaTzair, Ha-Herut accorde une large place à la vie réelle de ses lecteurs et aux préoccupations immédiates du pays.[2]

Le journal publie aussi des poèmes, récits, critiques littéraires, légendes, pièces de théâtre et traductions de la littérature judéo-espagnole et française. Il accueille une partie de la jeune littérature hébraïque locale, tout en conservant une tonalité plus journalistique que littéraire.[2]

Question arabe et politique ottomane

Entre 1909 et 1914, Ha-Herut accorde une place considérable aux relations entre Juifs et Arabes en Palestine et dans la région. Le journal publie environ 500 articles sur la montée de l’hostilité arabe envers le sionisme, sur les débats dans la presse arabe et turque, et sur les réponses que le Yichouv doit y apporter.[2]

Les auteurs séfarades qui traitent de cette question se présentent souvent comme mieux placés que les dirigeants ashkénazes pour comprendre la langue, la culture et la société arabes. Ils défendent la recherche d’un terrain d’entente judéo-arabe à l’intérieur du cadre ottoman, tout en dénonçant les attaques contre le Yichouv et les erreurs de la direction sioniste sur cette question.[2]

Polémiques

Comme d’autres journaux hébraïques du Yichouv, Ha-Herut prend part à plusieurs controverses publiques.

Lors du « maorat Brenner » de 1910-1911, nombre de ses contributeurs s’opposent aux positions de Yosef Haim Brenner et de ses proches sur l’apostasie et sur la définition de l’identité juive.[2]

Dès 1909, le journal intervient également dans l’« affaire Antebi », affrontement journalistique opposant notamment Ha-Herut au journal Ha-Tsevi d’Itamar Ben-Avi autour de la personne d’Albert Antebi. Sous la direction d’Abraham Elmaleh, Ha-Herut prend la défense d’Antebi et participe pleinement à cette confrontation dans l’espace public hébraïque de Jérusalem.[5]

Première Guerre mondiale

HAIM BEN ATAR, "HAHERUT" EDITOR AT TURN OF CENTURYD396-038
Haim Ben-Attar, rédacteur en chef pendant l’essentiel de la vie du journal.

Pendant la Première Guerre mondiale, Ha-Herut devient le principal journal juif de Palestine et, par moments entre 1915 et 1917, le seul journal hébraïque paraissant encore dans le pays.[2]

La guerre réduit fortement sa liberté d’expression et sa capacité matérielle. Les difficultés postales et télégraphiques l’isolent d’une grande partie de ses sources d’information, la censure ottomane redevient stricte, et la crise économique touche durement le lectorat. Le journal continue néanmoins à paraître et fournit des informations irremplaçables sur la vie sociale, économique, culturelle et institutionnelle du Yichouv sous la domination ottomane tardive.[2]

Fin du journal

En avril 1916, l’éditeur Moshe Azriel meurt du typhus à l’âge de 33 ans. Haim Ben-Attar reprend alors la responsabilité éditoriale et matérielle du journal.[2]

En avril 1917, Ben-Attar est mobilisé dans l’armée ottomane. La publication de Ha-Herut cesse le 4 avril 1917.[1][2]

Après l’occupation britannique de Jérusalem en décembre 1917, Ben-Attar tente de relancer le titre, sans succès. Il meurt à son tour d’une pneumonie moins d’un an plus tard, à l’âge de 33 ans.[2]

Postérité du titre

Le titre Ha-Herut est repris brièvement à Jérusalem en 1933 par Abraham Elmaleh, avec Meir Laniado parmi ses rédacteurs.[6]

Importance historiographique

Pendant longtemps, Ha-Herut a été tenu pour un journal marginal ou « sectoriel ». Les travaux plus récents en ont fait au contraire une source majeure pour l’étude de la société juive de Palestine dans la dernière décennie de la domination ottomane, des élites séfarades et mizrahies, de la formation d’un espace public hébraïque local et des relations entre Juifs de Palestine et reste du judaïsme ottoman.[2][3]

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

Notes et références

Références
Rédigé par Super Admin · avril 2026