Le Hadar : cérémonial et étiquette
Tout comme Herzl, qui considérait la cérémonie et les manières sociales décentes comme des signes de la renaissance hébraïque, Jabotinsky a lourdement insisté sur le rétablissement de la forme, de l’ordre et du cérémonial au sein de l’individu, mais également de la nation.
Lui-même veillait jalousement à entretenir une attitude sociale convenable, une retenue dans l’expression publique de ses sentiments, une tenue propre et ordonnée ainsi qu’une apparence extérieure respectable.
Le [[Hadar]] (הדר) désigne cette exigence de noblesse morale et extérieure : se tenir, parler, agir et paraître avec dignité. Dans la pensée bétarie, le cérémonial n’est pas un simple formalisme ; il est l’expression visible d’un homme libre, discipliné et conscient de sa valeur nationale.
Au sein du Betar, différents cérémonials ont été institués, à l’encontre des autres mouvements de jeunesse juifs auxquels tout ordre était étranger.
Devant un congrès d’étudiants juifs de Varsovie, il définit la fonction du cérémonial :
De toutes les sortes de tares et de lèpres morales que nous nous sommes appropriées au ghetto, la pire et la plus amère est la perte de l’ordre.
Nous existons sans manières, sans cérémonial.
À l’heure actuelle, les autres peuples nous citent pour exemple d’un manque d’éducation et cela nous est très néfaste.
L’antisémitisme est un produit de la Gola.
Mais le caractère de l’antisémitisme serait différent si le Juif, héritier du trône de David, de la sagesse de Salomon, ne se comportait pas tel un esclave affranchi.
En 1929, il écrit sur la discipline militaire :
Tous savent au fond de leur cœur combien elle est importante et combien elle nous fait défaut, nous Juifs, et ce dans tous les domaines de la vie.
Cette discipline, ce sont les lois claires et précises de l’armée, le cérémonial, la façon de se tenir, de saluer, de parler à un ami ou à sa préposée.
Nous, Juifs, souffrons d’un manque de manières.
Écoutez donc le discours d’un vieil érudit à la synagogue : sa sagesse dépasse celle de dix philosophes non juifs.
Mais il ne sait pas développer une argumentation de manière élaborée. Il passe d’une idée à une autre sans transition.
Et le pire, c’est que c’est précisément ce désordre qui plaît à ses auditeurs.
Shlomo Ben Yossef et l’apogée du cérémonial
En 1938, Shlomo Ben Yossef est condamné à mort par les Britanniques. Il a violé la politique officielle de retenue de l’Agence juive.
Il montera à la potence avec une grandeur et une dignité exceptionnelles, dans lesquelles Jabotinsky vit l’apogée du cérémonial :
Ce qui m’a le plus émerveillé, c’est le fait que jusqu’au dernier instant de sa vie, il n’ait pas négligé ce que l’on nomme le cérémonial.
Il n’a pas oublié.
Il a pensé : que pourrais-je bien dire, revêtir ?
Et à 7 heures du matin, quelques minutes avant d’être pendu, il s’est lavé les dents.
Nous n’avions jamais rencontré une telle incarnation du cérémonial.
Un homme qui n’a pas renoncé à sa noblesse.
Toi qui es ceint de la couronne de David, dans la lumière ou l’obscurité, garde bien cette couronne.
Car seul le cérémonial distingue l’homme de l’animal.
Sources
- Archives du Betar