Héroïsme

L’héroïsme occupe une place centrale dans l’idéologie du Betar : former une jeunesse juive capable d’unir force morale, courage physique, autodiscipline et esprit de combat, afin de rompre avec la faiblesse de l’exil et de prendre en main son destin national.

La culture de l’héroïsme (Gvoura, גבורה)

Il n’y a pas de doute que celui qui, dans le mouvement sioniste, mouvement de libération nationale du peuple juif, a introduit dans les consciences hébraïques plus que toute autre figure la culture de l’héroïsme, est Jabotinsky.

Pas seulement la bravoure d’esprit, mais aussi l’héroïsme physique.

En effet, tout au long de son chemin, il n’a cessé de se battre pour développer ce qu’il appelait « le judaïsme des muscles », expression employée à la base par le docteur Max Nordau.

Le sport comme nécessité nationale

En 1905, Jabotinsky expose les mesures concrètes immédiates à prendre quand était élaboré le programme sioniste.

À première vue, ses paroles peuvent sembler naïves ou exagérées ; il faut cependant les replacer dans leur contexte historique et politique : les persécutions font rage en Europe et dans l’Empire russe, au lendemain du pogrom de Kichinev.

Il faut de nombreux cercles sportifs. Tout le monde comprend bien ceci, on en parle tout le temps, mais (...) nous n’avons pas encore entendu parler d’un seul cercle sportif chez les sionistes.
À l’heure où nous en avons besoin, il s’avère que la jeunesse hébraïque est faible, impuissante, et par conséquent forcément craintive (...)
Il faut réunir des dizaines de gens et fonder un premier centre sportif, acheter des poids, monter un ring (...) et traiter le corps par l’éducation des muscles des mains, du torse, des jambes et par l’étude des arts martiaux.

Jabotinsky défend l’idée que la force morale seule ne vaut rien si elle n’est pas secondée d’une assise et d’un courage physique :

Après l’entraînement et le développement de la volonté, d’autres éléments s’affermissent chez le sportif (...) l’énergie, la fermeté, l’autodiscipline, le sang-froid, la témérité et l’essentiel, le courage et la domination de la peur qui est en nous.
La chose qui humilie le plus l’honneur d’un homme, c’est le sentiment de peur et de lâcheté qui demeure en lui (...)
L’hellénisme a été le premier à désigner le sport comme le meilleur moyen éducatif de créer, par l’entraînement continu et la stimulation de la volonté, un type d’homme doté d’une plus grande force physique, d’une beauté spirituelle et de courage.
Les hellénistes sont les premiers à avoir fondé dans cette optique des gymnases appropriés.
Le judaïsme a agi uniquement dans le sens de la morale de l’âme et a créé un esprit parfait, alors que l’hellénisme a aspiré à créer « un homme parfait », ce qui n’est pas moins important.
Dans l’âme de cet homme, il ne peut y avoir de place pour la lâcheté.

Force spirituelle et force physique

En 1920, lors d’un discours devant les jeunes du Maccabi de Jérusalem, Jabotinsky déclara :

« La force spirituelle est la force véritable. La tradition du judaïsme est une tradition de l’esprit et non une tradition du corps. »
Je ne crois pas à cette vision.
Nous avons et une tradition spirituelle, et une tradition de la force. En témoigneront les héros d’Israël de différentes époques.
En effet, la poignée de Hashmonaïm, peu nombreux, qui ont combattu contre beaucoup (...) avaient un esprit puissant mais tout autant un héroïsme des bras.
Et à l’aide de cet esprit puissant, ils savaient aussi « frapper fort » (...)
La valeur du spirituel n’est pas remise en cause, mais que peut-on en faire s’il n’y a pas de force derrière ?
De la même façon qu’il n’y a pas de mérite dans l’héroïsme lorsqu’il est vidé de spirituel, il n’y a pas d’utilité dans le spirituel s’il manque l’héroïsme.
Les deux viennent ensemble, dirigent l’homme et lui assurent son existence.
Aujourd’hui, en voyant un Juif, il se fait immédiatement connaître comme pleutre et sans confiance (...)
Il n’existe pas de remède plus sûr à nos souffrances que l’héroïsme.

Former un nouveau Juif

Jabotinsky s’efforça de développer cet héroïsme au sein de la jeunesse juive, dans le but de créer un nouveau Juif capable de se défendre et de prendre en main son destin.

Afin de combler un manque tragique chez le Juif usé par deux mille ans d’exil, l’éducation militaire a été un des éléments caractéristiques du Betar.

L’histoire a montré, à travers les épisodes de Tel Haï, des groupes Nili, puis Etzel et Lehi, et de la révolte du ghetto de Varsovie à laquelle prit part le Betar, que le mouvement jabotinskyen a été le pionnier dans l’introduction au sein de la jeunesse juive des principes de bravoure et de courage.

Sources

  • Archives du Betar