Morale et sionisme

ideologie
La morale sioniste repose sur l’idée que le peuple juif, persécuté et sans refuge, possède un droit légitime à Eretz Israël. Pour Jabotinsky, la vraie immoralité n’est pas la revendication juive, mais le refus d’offrir au peuple juif un espace national capable d’assurer sa survie, sa dignité et sa liberté.

La morale et le sionisme

Après la guerre des Six Jours, qui a vu le peuple d’Israël renouer avec la terre de ses ancêtres, libérer Jérusalem, sa capitale éternelle, et se renforcer aussi bien intérieurement — par la confiance en soi — qu’extérieurement — par une sécurité affermie grâce à l’extension des frontières et à la débâcle des armées arabes les plus redoutables —, se développèrent des courants « pacifistes ».

Ces courants jugèrent cette victoire gênante vis-à-vis du monde et immorale vis-à-vis des Arabes, du fait de l’expansion territoriale et de l’humiliation infligée. Ils estimaient qu’il était préférable de se défaire au plus vite de ces conquêtes, au risque de mettre en danger la sécurité du pays, afin qu’Israël garde une image « morale ».

C’est bien avant la guerre des Six Jours que Jabotinsky aborda le sujet de la morale dans le sionisme.

Il a toujours considéré, que ce soit dans ses discours ou dans ses écrits, que si la morale était une qualité indispensable, il ne fallait pas résoudre les problèmes de conscience par des solutions à court terme qui, précisément, ne faisaient que perpétuer l’immoralité.

La question morale après la Déclaration Balfour

Dans le cadre du combat sioniste, la question de l’éthique fit apparition au lendemain de la Déclaration Balfour, en 1917, lorsque les premières rivalités nationales entre Juifs et Arabes se firent ressentir.

En 1916, Jabotinsky écrit :

L’idée est répandue, selon laquelle les Juifs n’ont aucun « droit moral » de réclamer le contrôle d’Eretz Israël.
Ce n’est pas moral dans la mesure où y vivent seulement 100 000 Juifs pour 600 000 Arabes ; en d’autres termes, réclamer pour la minorité le contrôle sur la majorité.

Jabotinsky fustige au passage l’attitude des autres tendances sionistes, qui se contentaient de demander la simple « liberté d’immigration » afin de rester « morales ».

Il affirme que, pour que le destin du Yichouv ne dépende pas du bon vouloir de tel ou tel gouvernement, il faut aller tout droit à la revendication : le transfert du pouvoir local entre nos mains, telle qu’elle a été formulée lors du congrès sioniste de Bâle en 1897.

Pouvoir politique et majorité démocratique

L’obtention du pouvoir se ferait au moyen d’élections libres et démocratiques.

Étant donné que seuls voteraient les personnes sachant lire, et que le taux d’alphabétisation en 1916 dans la population arabe était très bas, particulièrement chez les femmes, les Juifs constitueraient la majorité au Parlement.

Cela rendrait possible l’immigration massive de centaines de milliers de Juifs, qui viendraient renforcer le Yichouv en expansion, inverser très vite les données démographiques et rendre possible le contrôle de la nouvelle majorité sur le pays.

La réponse à l’accusation d’immoralité

Accusé précisément d’« immoralité », Jabotinsky s’en défend :

Des tribus, parlant l’arabe, contrôlent la Syrie, Aram, le Yémen, le Hedjaz, l’Égypte, Tripoli, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc.
Sur ce territoire dont la superficie est égale à celle de toute l’Europe, sans la Russie, et qui peut accueillir un milliard d’hommes, s’étend un peuple, les Arabes, de 35 millions d’âmes.
De l’autre côté, le peuple juif, pourchassé et sans refuge, qui n’a d’endroit à lui sur cette terre, aspire à Eretz Israël (...)
Rapporté à tout ce territoire occupé par les tribus arabes, Eretz Israël ne représente pas plus de un pour cent.
Je ne sais pas si de nos jours, il est encore permis de parler sérieusement de morale (...)
Mais si c’est possible, permettez-moi de vous demander : qu’est-ce que la morale ?
Est-ce que l’on peut parler de morale lorsque l’un détient beaucoup et que l’autre détient peu ?
Y a-t-il morale lorsque la terre, qui est la base de l’existence, s’accumule dans des proportions colossales pour un peuple, qui n’est même pas capable de la travailler, alors qu’un autre doit errer tel un chien vagabond sur les routes (...)
Comment pouvez-vous appeler ceci « morale » ?
Même si nous venions conquérir Eretz Israël, avec l’épée au poing, nous aurions raison aux yeux de l’Éternel et de l’homme, de même qu’a raison le mendiant qui prend au riche (...)
Sur les 2 millions de km², les Arabes occuperont 1,9 million de km² et grâce à cela, il y existera un État juif, ce qui apportera enfin une réponse à l’une des questions les plus douloureuses de l’histoire.
Bien entendu, aucune mesure de rétorsion ne sera prise à l’encontre des Arabes qui vivront en Eretz Israël (...)
Il y a suffisamment de place.

Justice sociale et initiative individuelle

Le corpus présente aussi une réflexion sociale distincte des modèles socialistes classiques, en s’appuyant sur des références bibliques telles que le Shabbat, la Peah et l’idée du Jubilé.

L’objectif affiché est de concilier protection sociale, dignité matérielle minimale et dynamique d’initiative individuelle.

Cette perspective revendique une justice sociale évolutive, articulée à des rééquilibrages périodiques plutôt qu’à une solution unique prétendument définitive.

Sources

  • Archives du Betar
Rédigé par Super Admin · mai 2026