L’assimilation
Au cours de notre histoire, de nombreux Juifs vont vouloir s’éloigner, sortir du ghetto, et pour eux, l’assimilation constitue une porte de sortie parfaite.
Cette maladie nuisible va emporter la fine fleur de notre intelligence et de notre jeunesse, et va menacer l’essence même du peuple juif.
Pour Jabotinsky, l’assimilation est certes une plaie, mais il considère qu’elle a contribué à notre renaissance spirituelle :
Il est nécessaire de se demander si cela est vraiment une assimilation.
Tout peuple longtemps déprimé commence par s’assimiler puis crée un mouvement national.
Il y a 70 ans, tous les observateurs étaient convaincus que les Tchèques se germanisaient et qu’ils disparaîtraient.
Il y a 30 ans, les Indiens riaient à l’idée d’une culture nationale et ne chantaient qu’en anglais.
Or le résultat a été totalement inverse et aujourd’hui l’on peut constater que l’assimilation est en fait un premier pas vers le réveil national.
D’abord, ceux qui désirent s’assimiler se consacrent aux études chez les étrangers et il semble que se situe là le début de l’assimilation.
Ensuite, la deuxième génération traduit cette culture étrangère en sa propre langue et l’étape suivante est une République tchèque et peut-être demain une République indienne.
Messieurs : de même que le caractère spécial de notre économie en Gola, que nos dirigeants communautaires, que le ghetto ne sont que des formes différentes de sionisme éternel, l’assimilation juive n’est qu’une des nombreuses étapes de la résurrection nationale, qu’un pas sur le chemin de Sion.
Plus que tout autre leader sioniste, Jabotinsky a consacré son temps et sa puissance verbale à lutter contre ce phénomène et à transformer les Juifs assimilés en fidèles militants sionistes.
Il ne cessera de leur expliquer pourquoi ils ont tort :
Je considère ma place en Russie ainsi : ni supérieur, ni inférieur aux autres.
Mais la situation est différente pour celui qui cherche à pénétrer au sein des Russes.
Il n’est qu’un étranger et le restera.
Lorsqu’il y aura besoin d’hommes pour un projet véritablement russe, on rejettera sa création car il n’est qu’un étranger.
Plus loin :
Il faut différencier les concepts « fils de la Russie » et « Russe ».
Nous sommes tous des fils de la Russie.
Le Juif peut être un fils de la Russie de premier rang, mais qu’un Russe de deuxième catégorie.
Reconstruire une culture nationale juive
Le Roch Betar demande aux assimilationnistes de reconnaître leur erreur, ou au moins de permettre à leurs enfants de vivre en tant que Juifs ayant une culture nationale :
Il est de notre devoir de diriger les générations à venir vers un autre chemin : l’établissement de notre culture nationale et la lutte pour son hégémonie au sein de l’âme juive.
Et c’est également le devoir de ceux qui n’auront pas la chance de boire de la source de cette culture.
Jabotinsky ne s’est pas toujours contenté d’avoir des paroles douces contre la plaie de l’assimilation :
À l’heure où les Juifs couraient vers la politique russe, nous prophétisions que rien de bon ne sortirait de cette entreprise, ni pour le peuple juif, ni pour la politique russe, et l’histoire a prouvé que nous avions raison.
En réalité, les assimilationnistes constituent à ses yeux des déserteurs :
À chacun d’entre nous de travailler pour dix car vous vous êtes enfuis et d’autres fuiront après vous, dans la même direction.
Il faut bien que quelqu’un reste.
Mais si en chemin votre cœur se souvient du sentier de la patrie que vous avez abandonné, ne vous inquiétez pas et ne soyez pas tristes, frères de grand cœur : si notre force ne nous trahit pas, nous arriverons à remplir votre part du travail.
Le mensonge de l’assimilation
En 1933, l’arrivée d’Hitler au pouvoir et les premières lois antijuives démontrent aux Juifs allemands l’absurdité et le mensonge de l’assimilation.
À cette époque mouvementée, Jabotinsky prononce un discours poignant à la radio de Varsovie :
Le mensonge de l’assimilation est le mensonge le plus grave de notre existence.
Il est ici question de beaucoup plus que 500 000 Juifs allemands.
C’est un avertissement général qui nous rappelle que le ghetto — même joyeux et prospère — n’est rien d’autre qu’une maison en papier bâtie sur des sables mouvants.
La tragédie des Juifs allemands, qu’ils en soient conscients ou non, est une maladie menaçant la continuité et le développement de notre race, c’est-à-dire de notre peuple.
Sources
- 1909, « Ceux qui s’enfuient ».