Chers amis,
Hier soir, en finalisant mon discours, j’ai repensé à l’histoire de mon arrière-grand-oncle, membre important du Bétar de Kovno, aujourd’hui Kaunas, deuxième ville de Lituanie. Je me suis alors plongé dans des recherches d’archives.
C’est pourquoi je dédie ce petit mot ce soir à sa mémoire et à la mémoire de tous les combattants juifs héroïques qui ont su, même dans les périodes les plus obscures et dangereuses, maintenir la flamme de l’honneur et de la bravoure juive.
Comme nous l’avons déjà évoqué précédemment, le Bétar est plus qu’un simple mouvement de jeunesse. C’est un état d’esprit, un héritage que l’on prend la responsabilité de porter.
Vous connaissez tous certainement l’histoire de Massada. Après des défaites écrasantes par les légions romaines, les quelques irréductibles Juifs qui refusent de baisser les armes se retranchent sur le rocher de Massada afin de mener l’ultime bataille jusqu’à la fin contre l’ennemi, allant jusqu’au sacrifice final afin de préserver l’honneur juif.
Lors d’une soirée de veille de Pessa’h 1943, en plein cœur de l’Europe occupée et alors que tout espoir de libération est vain, quelques poignées de jeunes Juifs refusent d’accepter leur sort sans opposer de résistance.
Ils font le serment de combattre, comme à Massada, non pas en vue d’une victoire militaire qui serait totalement irréaliste, mais d’une victoire symbolique et intellectuelle. À Varsovie, au cœur du territoire sous domination nazie, une révolte armée juive est un véritable tremblement de terre pour la puissance inarrêtable que représente le IIIe Reich.
Alors que la traversée de la Belgique puis de la France n’a été qu’une promenade de santé pour la Wehrmacht, les troupes allemandes se heurtent à une résistance féroce lors de leur entrée finale dans le ghetto en vue de sa « liquidation ».
Cette liquidation, voulue par l’officier SS Jürgen Stroop afin de marquer la date de l’anniversaire du Führer, s’est transformée en véritable humiliation pour le Reich.
Au sein du ghetto de Varsovie, comme dans toute la Pologne, l’idéologie et l’esprit du Bétar ont formé une jeunesse solide, fière et forte. C’est ainsi que deux Bétarim émergent afin de lancer la plus grande révolte civile contre l’occupant allemand de toute la Seconde Guerre mondiale.
En effet, Paweł Frenkel, dirigeant du Bétar dans le ghetto de Varsovie, héros souvent oublié de la grande révolte, a fondé et dirigé l’Union militaire juive, branche militaire du Bétar à Varsovie. Il entretint des relations avec la résistance polonaise afin de se procurer armes et munitions.
De l’autre côté, Mordehai Anielewicz dirige l’Organisation juive de combat, affiliée au courant sioniste de gauche principalement Hashomer Hatzair. Mordehai Anielewicz, souvent présenté uniquement par son affiliation au mouvement sioniste socialiste, était avant tout un jeune Juif polonais formé au Bétar, tant militairement que spirituellement.
Cette tragique division, sur des critères politiques, même face à un ennemi commun autrement puissant, est d’autant plus terrible quand on voit que les mêmes mécanismes existent aujourd’hui en Israël alors même que toute la société et l’ensemble du peuple devraient être rassemblés en vue de la victoire totale face à nos ennemis.
J’en viens enfin à notre fameux David Biderman.
Si la révolte du ghetto de Varsovie et le rôle central du Bétar dans celle-ci se fait de plus en plus connaître, peu de gens ont conscience de l’ampleur de l’engagement des jeunes du mouvement Bétar dans tous les combats pour la défense du peuple juif en Europe et en Eretz Israël.
David Biderman naît en 1915 à Maryampole dans une famille juive de Lituanie. Très vite, il déménage à Kovno, actuelle Kaunas, pour étudier dans la prestigieuse université de la ville. C’est là que son engagement bétarien commence. Alors qu’il est étudiant, il rejoint la corporation sioniste révisionniste de son université baptisée Yardenia.
Il est encore loin de s’imaginer où cet engagement en faveur de son peuple va le mener.
Peu après, il rejoint le Bétar de Kovno et y gravit vite les échelons, gagnant la confiance des autres dirigeants. En 1936, il intègre la direction du mouvement et est photographié en présence des autres dirigeants. Il rencontre également Jabotinsky, qui visite les antennes du Bétar à travers l’Europe et le monde.
Après l’invasion allemande de 1941, les Juifs de Kovno sont enfermés dans le ghetto et sont soumis à des conditions de vie abominables. C’est alors que se révèle le caractère et la formation de David, qui lance un appel unitaire à organiser une clandestinité armée dans le ghetto de Kovno. Il devient rapidement l’un des leaders de la révolte juive du ghetto de Kovno et meurt au combat contre l’armée allemande, qui finit par anéantir les derniers survivants au sein du ghetto en juillet 1944.
Il est tué au combat, en soldat, en homme libre. Mais son souvenir et son héritage continuent de vivre à travers ses descendants, dont certains vivent aujourd’hui en Israël, et à travers chaque jeune Juif qui se lève, fier, et décide d’affronter avec courage les plus grands défis de son temps.
Pour David Biderman, Paweł Frenkel, les combattants de l’Union militaire juive, de l’Organisation juive de combat, mais aussi les combattants de l’Etzel et du Lehi, tombés pour la libération d’Eretz Israël du joug colonial britannique.
Betarim, Tel Haï !