Totalitarisme

Jabotinsky rejette l’État totalitaire et défend une conception libérale de la nation, fondée sur la liberté individuelle, le parlementarisme, la libre initiative et le refus d’un État policier où l’individu serait soumis entièrement au pouvoir.

Jabotinsky face à l’État totalitaire

Quelle a été et quelle est la position du mouvement jabotinskyen sur l’État totalitaire ?

Dans le cadre de la construction du fragile et jeune État juif, dans un environnement hostile qui nécessitait un consensus national total et la participation absolue du citoyen à l’entreprise nationale, quelle était l’approche de Jabotinsky sur ce régime policier se basant sur la soumission totale de l’individu aux institutions étatiques, et dans lequel l’essentiel du pouvoir est détenu par un seul parti ?

Une des calomnies les plus graves proférées à l’encontre de Jabotinsky par ses adversaires politiques fut l’affirmation qu’il soutenait des thèses fascistes. On l’accusa de vouloir ériger un État totalitaire, policier, militariste, dans lequel l’État est tout et l’individu n’est rien.

Jabotinsky avait pourtant des idées très claires sur le sujet, faisant de lui un grand libéral, tant sur le plan économique — libre entreprise individuelle, réduction au minimum de l’ingérence de l’État dans la vie économique — que sur le plan politique :

Dans presque tous les conflits entre la reconnaissance de l’individu et l’obéissance imposée envers l’État, je me tiens aux côtés de l’individu.

En revanche, beaucoup de ses adversaires avaient, eux, des tendances totalitaires, si l’on en juge par la manière dont le Mapai de Ben Gourion a pris le contrôle de toutes les institutions étatiques et du pouvoir qu’il a d’ailleurs gardé trois décennies durant, pendant lesquelles l’opposition de Begin était boycottée car précisément qualifiée de « totalitaire » et dangereuse pour la démocratie.

Contre l’idée que « l’État est tout »

En 1935, dans Bederekh le-Medina, Jabotinsky écrit :

Moi aussi, j’éprouve une haine aveugle à l’égard de l’idée affirmant que « l’État est tout ». Que celui-ci soit communiste ou fasciste. Je ne crois qu’au parlementarisme « de la vieille mode », aussi inconfortable et impuissant qu’il puisse paraître parfois. Je crois à la liberté de la parole et de l’association (...)
Ce que nous avons réellement déclaré et ce que nous déclarerons toujours à l’avenir est le principe que l’aspiration à un État juif exige, pour tous ceux qui reconnaissent cette aspiration et en font leur idéal, de surpasser les intérêts de statuts ou les intérêts privés.
De même que l’idée de Garibaldi était que la renaissance du royaume italien était porteuse d’une valeur plus élevée que tous les sacrifices que cette renaissance nécessitait, ainsi Lincoln voyait également l’idéal de la république américaine unifiée ; cependant, ceci ne signifie en rien que Garibaldi ou Lincoln envisageaient une sorte d’Italie ou une sorte d’Amérique dans lesquelles le citoyen n’y serait rien et l’État, tout.

La critique du régime policier

Dans son ouvrage Ouma ve-KhevraNation et Société — paru en 1937, Jabotinsky dénonce l’essence même du régime policier :

La notion d’« obéissance » au XIXe siècle était d’accepter et de respecter exigences et injonctions seulement pour des besoins particuliers, dans des moments exceptionnels, en temps d’urgence (...)
Une obéissance sous la forme d’un climat d’édification publique et nationale (...)
Une personne née, comme moi, au XIXe siècle — Jabotinsky est né en 1880 — ne peut s’imaginer quelque chose de plus repoussant que cette odeur d’autorité gouvernementale dans chaque coin (...)
Cette idée d’un État policier net tel des broussailles épaisses d’une forêt, desquelles l’homme ne peut s’échapper.

Création nationale et liberté individuelle

Dans un article paru en 1919 dans le journal Haaretz, Jabotinsky écrit :

Mais il y a un principe, que nous devons tous comprendre, nos masses, nos hommes d’affaires, nos dirigeants : la création prévaut sur tout. La loi est sainte, mais la création l’est encore plus. Il est interdit d’y porter atteinte.
Cette règle est importante partout, et d’autant plus chez nous dans la mesure où, ou nous créerons ou nous mourrons.
Notre direction se doit de soutenir toute initiative de création sérieuse (...)
L’idée de l’État policier, dont la main est partout et où tout est dans la main, n’a pas réussi en Europe et ne réussira pas non plus chez nous.

Un libéralisme national

À travers ces textes apparaît le caractère libéral et démocratique de Jabotinsky.

Même si l’individu doit accepter des sacrifices personnels — de statuts et de petits intérêts privés — pour l’édifice national, il demeure la base de tout, et les libertés lui reviennent de droit.

Sources

  • Archives du Betar