Herzl et le sionisme politique
Herzl, auteur de L’État des Juifs, fut une des grandes figures du sionisme politique, voire la figure centrale, celle qui lui donna son impulsion au niveau politique-pratique, et non plus au niveau messianique-utopiste.
En réunissant des congrès sionistes, le premier à Bâle en 1897, en rédigeant des ouvrages, en rencontrant les plus hautes personnalités de son époque en vue de les persuader de la justesse et de la nécessité du sionisme, il créa une dynamique irréversible qui déboucha sur la renaissance de l’État d’Israël en 1948.
La plupart des tendances sionistes considèrent être les héritières directes de la pensée herzlienne.
Nous verrons que le lien entre le mouvement jabotinskyen et Herzl était profond, et que Jabotinsky lui-même vouait une admiration particulière pour ce grand homme. Il se voyait comme le continuateur du docteur Benyamin Zeev Herzl, et définissait sa pensée sioniste comme son mouvement comme herzliens.
La rencontre de 1903
Cependant, le lien personnel et direct entre les deux hommes n’a presque pas existé, dans la mesure où Herzl était né vingt ans plus tôt.
Dans Sipour Yamaï, Jabotinsky décrit sa rencontre, d’ailleurs unique, avec Herzl au congrès sioniste de 1903 :
Herzl a fait sur moi une impression monumentale — le mot n’est pas exagéré (...) monumentale ; et je ne m’incline pas facilement devant une personnalité.
De toutes mes expériences dans la vie, je n’ai pas le souvenir d’un homme qui ait fait sur moi une impression quelle qu’elle soit, ni avant ni après Herzl : seulement avec lui, j’ai senti que je me tenais devant un homme déterminant, un prophète et un dirigeant suprême (...)
Et aujourd’hui encore, j’ai l’impression que sa voix résonne dans mes oreilles quand il jura devant nous tous : « Si je t’oublie, Jérusalem... »
J’ai cru son serment, tout le monde y crut.
L’admiration de Jabotinsky pour Herzl
À la synagogue de Petrograd, Jabotinsky prononce un discours élogieux sur Herzl, qui témoigne de l’admiration indéfectible qu’il lui vouait :
Il y a peu de temps, j’ai écrit : parfois sortent du peuple des individus particuliers, porteurs d’une intelligence exceptionnelle que l’on ne peut trouver chez les autres mortels ; toute la sainteté, dispersée par petits grains dans l’âme de millions d’hommes, est rassemblée dans celle d’un homme unique comme celui-ci, en faisant un seul bloc (...)
Et il a le mandat de matérialiser la volonté du peuple (...)
J’ai pensé à son sujet qu’un homme comme lui a réellement donné un avenir au peuple juif.
Même si Jabotinsky réfute la théorie philosophique affirmant que ce sont des hommes qui font l’histoire, et affirme que les peuples, c’est-à-dire les masses, déterminent les grandes orientations historiques, il est convaincu que des individus sortent de la masse et donnent l’impulsion au groupe.
Ainsi voit-il Herzl : son cœur accumulait la vivacité intellectuelle, incarnait les besoins du groupe qui n’est pas capable de les saisir par lui-même, et savait trouver le mot juste pour les exprimer.
Herzl face aux critiques
Jabotinsky s’est élevé contre ceux qui ont critiqué Herzl pour sa soi-disant naïveté, qui lui faisait croire que l’État hébreu naîtrait un jour ou l’autre — dans cinq ans peut-être, dans cinquante sûrement —, qu’il suffisait d’aller trouver le soutien des grands de ce monde, à commencer par les Turcs, et que les difficultés, en premier lieu celles des Arabes, des terres à acheter et de la survie économique, n’en étaient pas réellement.
Jabotinsky répond :
L’homme n’était justement pas naïf (...)
Il était capable de faire l’analyse de toute idée et de prouver par A plus B que l’idée en question était impossible.
Même au niveau du sionisme, il n’était pas naïf du tout, comme le sont précisément ses pseudo-héritiers (...)
Il ne pensait pas, par exemple, qu’il était possible de créer une existence nationale sans État national.
Il ne pensait pas, comme le croient ces derniers, qu’il était possible de réaliser une entreprise d’installation sans Charte (...)
Il n’est pas du tout question de fermer les yeux devant les difficultés (...) au contraire, il les voit.
Des heures durant, il pourrait vous parler de la grandeur et de la menace de ces difficultés.
Cependant, sa vision est lointaine, et au-delà de tous les sommets des escarpements et des rochers sur son chemin, il voit l’objectif final.
Le chant de son cœur s’est arrêté, mais la musique de son cœur, nous continuerons à la chanter.
Sources
- Archives du Betar