Depuis le massacre génocidaire du 7 octobre 2023, le peuple juif, depuis la Shoah, n’avait pas connu de période plus sombre. Depuis deux ans, il se retrouve assiégé de calomnies, de quolibets et de crachats.
Pourtant, beaucoup d’entre nous avaient cru qu’après Auschwitz, l’antisémitisme s’effacerait à jamais, comme l’écrivait Bernanos dans Les grands cimetières sous la lune : « Les hitlériens ont déshonoré l’antisémitisme. »
Mais ces deux dernières années nous ont démontré, une fois encore, que la haine millénaire n’avait pas disparu : elle s’était seulement déplacée. L’objet avait changé, mais la mécanique demeurait.
Le Juif d’aujourd’hui porte le nom d’Israël. Hier individu fragile, aujourd’hui État souverain, fort de son armée et de son peuple rassemblé après deux mille ans d’exil.
Le vocabulaire lui-même s’est transformé : aux accusations de « peuple déicide » lancées par les chrétiens, ou de « peuple falsificateur » proférées par les musulmans, a succédé le veau d’or des nations modernes – droits de l’homme, morale humanitaire, pureté démocratique.
Le conflit israélo-palestinien est devenu le théâtre où se rejoue l’antique drame.
La figure du « pauvre Palestinien », figure christique qu’un Occident à bout de foi chérit comme une idole, incarne la victime parfaite dont il avait besoin pour se déculpabiliser de la Shoah. Israël est ainsi devenu le bourreau parfait : les Juifs eux aussi pouvaient commettre le mal.
Ainsi, la haine s’est parée de vêtements vertueux. La cause palestinienne – ou plutôt le mensonge palestinien, ce « coup de bluff » comme le disait Jacques Kupfer ז״ל – s’énonce dans les forums internationaux, dans les universités et dans les médias.
Au fond, en plus d’être jalouses de notre Torah dans leur inconscient, les nations ne supportaient pas que le peuple juif n’ait pas disparu, qu’il soit revenu d’entre les morts et que, loin de tendre encore l’autre joue, il se tienne fermement sur sa terre, y affirme sa souveraineté totale et y combatte avec honneur ses ennemis, comme aujourd’hui à Gaza.
Les nations ne supportaient pas la fierté juive. Ce n’est pas un hasard si leurs Juifs favoris étaient toujours ceux qui joignaient leur voix au chœur des ennemis d’Israël.
Comme l’expliquait Theodor Lessing, le poids de la haine et des souffrances dont est accablé notre peuple depuis l’aube de son histoire devenait parfois trop lourd à supporter. Ainsi, au lieu de porter avec fierté et honneur notre élection, certains Juifs préféraient hurler avec les loups, croyant se fondre dans la masse et échapper à leur destin.
Face à cette lâcheté et à cette soumission, nous avons fondé, il y a deux ans, le Mouvement des Étudiants Juifs Français. Notre objectif auprès des étudiants reste inchangé : diffuser le sionisme religieux et la pensée de Ze’ev Jabotinsky, et leur rappeler que la lutte contre l’antisémitisme ne se ferait ni avec la gauche halal, ni avec ceux qui, depuis huit ans, ont laissé entrer sur le sol de France les futurs bourreaux des Juifs et qui viennent de reconnaître un État palestinien fantoche.
Dans cette perspective de forger une jeunesse juive fière qui refuse la soumission, la relance du Bétar pour les adolescents devient une nécessité. Car, comme l’affirmait Jabotinsky : « La jeunesse, c’est l’avenir du peuple juif. »
Beaucoup connaissent cette histoire célèbre : un notable demanda un jour à Jabotinsky où l’on pouvait contempler le plus beau lever de soleil de Jérusalem. Le lendemain, il l’emmena sur une colline où des jeunes s’entraînaient et dit simplement : « Voici le plus beau lever de soleil : la jeunesse juive qui se bat pour Sion. »
Né en 1923 à Riga, le Bétar devait marquer l’Histoire. Créé par des étudiants venus écouter Jabotinsky – celui qui avait redressé une armée juive pendant la Première Guerre mondiale –, il leur transmit ce message : « Ne baissez plus la tête en exil, le moment est venu de rentrer à la maison. »
Bétar, acronyme de Brit Yosef Trumpeldor – héros tombé à Tel Hai en 1920 –, incarne dès l’origine le courage et la fierté nationale. De par son père spirituel Jabotinsky, le Bétar ne fut jamais un mouvement de jeunesse comme les autres. Ses jeunes quittèrent le statut de victimes millénaires pour devenir une génération fière, fière de son histoire, de son identité et de son destin, que rien ne devait empêcher d’être glorieux, à l’image de nos ancêtres qui firent plier les plus grands empires : l’Égypte avec Moché Rabbénou, la Grèce avec les Hachmonaïm, et Rome avec les Zélotes.
Dans les années 1930, l’Europe comptait plus de 80 000 Bétarim, bercés au sionisme de Jabotinsky et entraînés militairement.
Les Bétarim n’assistaient pas passivement au cours de l’histoire : ils l’accompagnaient et l’accéléraient. Que serait l’histoire d’Israël sans eux ? Sans la base navale de Civitavecchia, sans l’Alyah clandestine, sans les Plugot HaKotel, sans l’Etzel et le Lehi composés de Bétarim courageux ?
En faisant prendre conscience à la jeunesse, à travers des activités pédagogiques, du destin ahurissant du peuple juif, le Bétar a produit des modèles et des héros pour tout le peuple, comme Paweł Frenkel et Mordehai Anielewicz, tous deux formés intellectuellement et physiquement au Bétar, bien qu’Anielewicz s’en soit ensuite écarté.
En déclenchant la révolte du ghetto de Varsovie à Pessa’h 1943, ces deux jeunes redonnèrent dignité et force aux derniers Juifs de Varsovie. Leur courage, hérité du Bétar, les plaça aux côtés de nos héros bibliques, tels Juda Maccabée.
On pourrait également citer Menahem Begin, commandant du Bétar de Pologne, rescapé des goulags, chef de l’Etzel et, comme chacun le sait, un géant lorsqu’il fut au pouvoir.
En France, où le Bétar existe depuis les années 1930, trois noms méritent d’être retenus.
Victor Mirkin, d’abord, dirigeant du Bétar avant-guerre, qui se distingua comme militaire héroïque dans les Forces françaises libres et fut reconnu compagnon de la Libération.
Après la Shoah, Shlomo Friedrich joua un rôle central dans le rassemblement des jeunes rescapés et créa le Comité d’alliance France–Israël, influent dans plusieurs épisodes diplomatiques.
Enfin, l’incontournable Jacques Kupfer ז״ל : entré au Bétar à 14 ans, commandant à 17, président du Hérout de France puis du Likoud mondial, il incarna la fierté juive dans sa plus pure expression. Sous sa présidence, le Bétar rassembla des milliers de jeunes dans ses activités et colonies, dont beaucoup gardent encore des souvenirs indélébiles. Avec lui, le drapeau d’Israël flotta toujours fièrement, sans crainte des ennemis ni des autorités françaises.
Avec les différentes organisations qu’il dirigea – dont la dernière, Israel Is Forever, aujourd’hui menée par sa fille Nili – Kupfer écrivit les plus nobles pages du judaïsme français : mobilisation pour les refuzniks, combat et activisme sans faille pour Israël et contre l’antisémitisme.
Aujourd’hui, sa voix nous manque. Mais sa présence demeure dans notre combat, comme un héritage vivant transmis par sa fille, qui fut aussi l’une de nos professeures de formation, aux côtés de Haim Berkovits, Frédéric Nordman, Simha Felberg et Pierre Lurçat.
La mission du Bétar et de sa branche étudiante, le MEJF, est claire : rassembler la jeunesse juive, offrir une place à ceux qui ne se sentent pas représentés, leur redonner confiance, leur transmettre le goût de l’engagement pour Sion. Car le combat pour le sionisme ne s’acheva pas en 1948 : notre génération doit le poursuivre en diaspora, puis en Israël, où se trouve notre destinée finale. Car tel est le sens de l’Histoire.
La couronne suprême du Bétar reste de vivre sur la terre d’Israël et d’y pratiquer fièrement notre Torah. Comme nous le proclamons chaque Chabbat matin : « Ki mitsion tetse torah » – de Sion sortira la Torah pour éclairer les nations.