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BETAR TAGAR DE FRANCE
Le sionisme par passion, le judaïsme avec fierté
La position de Jabotinsky sur la religion et sur son rôle dans l'État n'a jamais été bien comprise. Il ne s'identifia jamais, ni au courant haredi non-sioniste qui n'envisageait le judaïsme qu'à travers le seul prisme religieux-cultuel, ni au courant laïque de gauche de l'Hachomer qui rejetait toute référence au Livre, ni même au courant sioniste-religieux du Mizrahi plus messianique et prônant un Etat juif au sens religieux du terme et devant annoncer la Geula (délivrance divine). Jabotinsky définie l'identité juive comme l'appartenance nationale à un peuple, plus qu'à une simple communauté religieuse. Il conçoit donc parfaitement qu'un Juif ne soit ni pratiquant, ni même croyant. L'État devra être un Etat juif mais non clérical pour permettre à chaque Juif de pratiquer ou de ne pas pratiquer. En 1919, il écrit dans “Binyan” : “Depuis plusieurs années, nos opposants hurlent qu'un régime juif en Eretz Israël doit être clérical et soumettre la vie publique à la religion (...) Nous leur avons raconté que le judaïsme était une Nation et non une communauté religieuse. Nous leur avons raconté que même chez nous, comme dans toute Nation éclairée, un homme pouvait appartenir à la Nation sans avoir de lien avec la religion”. Jabotinsky lui-même n'était pas religieux, et bien entendu certainement pas du point de vue du respect des lois religieuses (Mitzvoth). Cependant, jamais il ne manifesta en public un quelconque dédain envers la pratique religieuse. Dans un de ses articles, il souligna qu'un sioniste, même non-religieux, apprend à estimer le haut rôle que la religion remplit comme facteur “isolateur” permettant le maintien de l'unité nationale du peuple hébreu en Gola. D'un autre côté, il exprima une sévère critique contre toute tentative de la part des Haredim de supprimer la liberté de conscience et le libre-arbitre de l'homme, en prenant le contrôle de la vie religieuse des citoyens par la contrainte. Bien qu'il affirme que la religion “a été et restera l'affaire privée [de chacun]”, et qu'il plaide pour une séparation entre la religion et la vie publique, “afin que personne ne souffre du fait de ses visions sur la religion”, il s'oppose à la division entre l'identité religieuse juive et l'État juif. En effet, sans être reliée à la pratique du culte, le paramètre religieux est un des éléments de notre identité. Cette identité religieuse est un “vent divin”, “un feu qui jamais ne s'éteindra”. Si la religion ne sera pas l'essence de l'État juif ni à la base d'une Constitution, elle lui apportera une richesse culturelle et un complément d'identité. Ainsi définit-il les buts du sionisme jabotinskyen : “la libération d'Israël et de sa terre, la renaissance de son Etat et de sa langue, l'enracinement de la sainteté de sa Loi dans la vie de la Nation. Au moyen de : “formation d'une majorité hébreue en Eretz Israël des deux côtés du Jourdain ; établissement de l'État hébreu sur les fondements de liberté du citoyen et sur les principes de justice inspirés de la Loi d'Israël ; le retour à Sion à tous les candidats et la fin de la dispersion .“ Il explicite de nouveau en 1935 son avis sur la religion et sur son rôle dans une lettre à son fils : “je défends la liberté d'opinion et je ne vois aucune sainteté dans le rite. Mais l'idée est bien plus profonde : “l'enracinement de la sainteté de la Loi dans la vie de la Nation”, tout le monde s'accordera sur le fait qu'il y a vraiment dans la Torah des principes saints, et cela vaut la peine d' “enraciner” une chose sainte. D'un autre côté, ces éléments de sainteté ont précisément des contenus moraux que n'importe quel athée soutiendra en tant qu'athée. Mais alors, pourquoi “enraciner” sous la banderole de la religion ? Selon moi, là est la discussion. Il est possible d'envisager un système moral sans qu'il ait de rapport avec le divin. C'est ce que j'ai fait toute ma vie, mais aujourd'hui je suis convaincu qu'il est plus juste de se conduire suivant des principes moraux et de les relier à la mystique surpassant la perception humaine, et pas seulement par respect pour le Tana'h qui est vraiment notre origine première. Pourquoi cacher ce fait ? Pourquoi est-il permis d'affirmer des positions sionistes en citant Herzl (...) et pourquoi nous aurions honte de citer juste la Torah ? “ Tout en s'opposant à la contrainte religieuse, il défend la tradition qui pour les Juifs n'est “pas seulement d'une valeur actuelle ou un objet de notre histoire, mais aussi une force vivante et active qui agit et stimule même aujourd'hui et à tout jamais”. Quelle aurait été la position de Jabotinsky aujourd'hui sur les luttes entre laïques et religieux au sujet des fermetures de rues à Shabbat ou au sujet de la coercition religieuse dans tous les domaines de la vie publique et politique ? Il aurait certainement redit ce qu'il écrivit il y a six décennies déjà, en 1937 : “le divin ne vient pas par l'utilisation de moyens coercitifs extérieurs ; au service du divin n'agissent ni policiers ni censure. [Le divin] demande de conquérir les cœurs et les consciences, et de surpasser le doute, mais pas d'interdire le doute. Si bien qu'il ne peut y avoir de religion, de tradition, de divin (...) s'il n'y a pas de liberté d'opinion et de place pour le débat autour des choses relatives à la religion”.