Entre la 1ère et la 2ème Guerre Mondiale, le pionnier typique était un jeune juif ayant subi un entraînement de 1an ½ à 3 ans dans un des centres de formation agricole en Galout . Après son apprentissage du travail de la terre, il recevait un certificat d'Alya et immigrait en Israël où il travaillait soit dans un kibboutz, soit en tant qu'ouvrier urbain. Il venait en Israël afin d'édifier l'Etat juif mais également afin de se construire un avenir personnel.
Pour Jabotinsky, le concept de « pionnier » revêtait une signification totalement différente. En effet, il se rangeait derrière la définition établie par Yossef Trumpeldor, fondateur du mouvement « Héhaloutz » (Pionnier). Trumpeldor laissa une empreinte inoubliable sur Jabotinsky en lui détaillant son idéal :
« Nous avons besoin de personnes prêtes à tout, à tout ce qu'exige Eretz-Israël. Les travailleurs ont leurs propres intérêts, les soldats leur fameux esprit de corps. Le docteur et l'ingénieur ont leurs habitudes. Nous devons édifier une génération qui n'aura ni intérêts, ni habitudes : telle une simple barre de fer. Génération souple, mais en fer. Telle un métal dont on peut extraire tout ce dont la machine nationale a besoin. Il manque une roue ? Je suis la roue. Il manque un clou, une visse, un volant ? Prenez-moi. Il faut creuser la terre ? Je creuse. Il faut tirer, être un soldat ? Je suis un soldat. Police, médecins, avocat, enseignants, porteurs d'eau ? S'il-vous-plaît, je fais tout. Je n'ai pas de visage, pas de psychisme, pas de sensibilité. Je n'ai même pas de nom. Je suis l'idéal pur du service, prêt à tout. Je ne suis lié à rien. Je connais un seul mot d'ordre : édifier ».
Lors d'une conférence qu'il donna en 1925 à Paris en souvenir du héros de Tel-Haï (Trumpeldor), Jabotinsky revint fidèlement sur cette conception du jeune pionnier : « Un homme qui abandonne tout ce qui le lie à la Gola, un homme libre de toute contrainte. Un homme qui n'écoutera pas n'importe qui mais seulement la voix du peuple hébreu. Un homme qui n'est pas un ouvrier ou un garde spécialement qualifié mais qui est entièrement tourné vers idéal unique. Un homme dont les yeux ne voient que la réalisation de son rêve, dont l'idéal dicte tous ses actes. Aujourd'hui c'est un travailleur, demain un paysan ? Et qui saît, peut-être un combattant ».
Pour le Roch Bétar, celui qui monte en Israël doit faire abstraction de sa situation personnelle et de son niveau de vie. Il estime que les volontaires ne doivent poser aucune condition et accepter de lourds sacrifices. Sinon, qu'ils ne soient pas volontaires !
« Un pionnier ne vit pas pour lui mais pour ceux qui viendront après lui ».
Il va imposer aux jeunes du Bétar faisant leur Alya un service obligatoire d'au moins 2 ans au sein des « compagnies de travail » du Bétar. Les conditions y sont plus que difficiles. Il est extrêmement fier de ce volontariat, d'autant plus qu'après cette période, les jeunes olims s'enrôlent généralement à l'armée.
Le poème du Serment engage chaque jeune bétari à suivre ce chemin :
« Le jour du service, je suis tel une barre de cuivre,
Tel un bloc de fer dans les mains d'un forgeron dont le nom est Sion ».